Tous les quatre ou cinq ans, l’Armada de Rouen, rassemblement international de grands voiliers, réunit, dix jours durant, bénévoles secouristes de Seine-Maritime et d’ailleurs. Un événement exceptionnel, occasion de rencontres… exceptionnelles ! De celles qui soudent, indéfectiblement.

Il est des moments forts, presque hors du temps, qui, à l’instar des navires, ont le pouvoir de vous faire chavirer, rêver, voyager… avancer. Campée dans son uniforme sable et corail, Viviane a les yeux qui pétillent.

A l’Armada de Rouen, la jeune femme a le sentiment de vivre ces instants magiques… à double titre - en tant que passionnée de bateaux et en tant que secouriste :

« L'événement, plus grand rassemblement au monde de grands voiliers, est mythique, grandiose. Alors, forcément… pour nous, secouristes, il est mythique aussi. Dix jours durant, on partage tout – postes de secours, rires ou larmes, rencontres imprévues. Vivre ça, c’est un peu faire  l’expérience du secourisme en mode équipage marin ! Solidaires, engagés, embarqués dans une même aventure ».

Grandiose

Pour assurer, avec deux autres associations de sécurité civile, la sécurité du public les dix jours de l’événement durant, 147 bénévoles secouristes de la Croix-Rouge venus de 14 départements ont, cette année, répondu présent. Car l’Armada, c’est 44 navires, 2.000 marins de onze nationalités différentes… et quelque 6 millions de visiteurs – une foule massive, dense, compacte - imposant parfois de maîtriser l’art du zig-zag pour aller secourir celui qui vient de faire un malaise, ou celui qui s’est foulé la cheville sur un bateau. 

Présents de 10 heures à 2 heures du matin, ils veillent cette année sur la rive droite de la Seine, en cœur de ville, et sont aussi présents le soir sur la zone concerts installée à quelques encablures de là. En ce samedi 17 juin, avant-dernier jour de l’événement, la foule se presse sur les quais grillés par un soleil de plomb. Petits et grands lèvent des yeux ébahis vers les voiles carrées du fier Morgenster, un trois-mâts hollandais ; mitraillent de photos les marins du Cuauhtémoc, empereur des océans mexicain amarré sur la rive opposée... L’atmosphère est à l’émerveillement face à ces géants de mers. La foule dense mais paisible.

La journée est plutôt tranquille - un peu trop pour certains des 16 équipiers secouristes campés sur les deux postes de secours installés sur la rive ! « Enfin, ça apprend la patience ! Et puis, on a le temps de papoter - c’est sympa, et ça donne corps à la cohésion d’équipe » commente Florent…. 

Malaises, déshydratation, insolation, ampoule ou cheville foulée… les secouristes apaisent les petits maux du jour. Sans perdre patience quand on vient, pour la xième fois, leur demander où sont les toilettes ou s’ils n’ont pas de la crème solaire. « On fait beaucoup de bobologie, généralement sans gravité… », explique Sonia. Mais pas question de baisser la garde pour autant. La veille, Christophe et d’autres collègues ont dû monter sur un bateau, la Licorne :

« L’équipage nous a appelé car un gars s’était foulé la cheville. Et brancarder sur un bateau, c’est sportif je peux vous dire ! »

Il y a aussi du sport, mais aussi des grands soupirs de soulagement. Comme celui poussé par Cécile après avoir réussi à apaiser un homme, qui, depuis l’un des ponts surplombant les quais de Seine, menaçait de sauter à l’eau… Une main tendue, une douleur entendue… permettant à l’homme d’accepter d’être pris en charge par le Samu. C’est cela, aussi, être secouriste. 

Le son enfle, la foule trépigne

La journée s’étire, le soleil se fait plus doux…. La zone de concert se remplit. Les secouristes sont en place, postés derrière les crash-barrières ou sous les tentes du poste de secours. Le son enfle, la foule trépigne. L’atmosphère a beau être plutôt bon enfant, l’heure est à la vigilance. Au poste de secours, un jeune homme, couché sous un brancard, se remet d’un malaise - il n’a quasi rien mangé de la journée, pas assez bu non plus. Une jeune mère inquiète tient la main de sa toute petite fille qui a fait une mauvaise chute de poussette - son visage égratigné est désinfecté, de la glace posée sur son front. Peu après, la bâche s’ouvre sur une ado, qui claudique après s’être méchamment cognée contre une barrière. Fred l’accueille, tandis qu’au fond de la tente, Lucien veille sur un homme d’un certain âge, allongé sur un brancard. Une petite détresse respiratoire, et des constantes surveillées de près par Hélène, infirmière secouriste "protocolée", et donc habilitée à pratiquer certains actes invasifs en urgence hors présence médicale.

Quatre concerts, un feu d’artifice et 24 interventions plus tard, l’équipe souffle. Alors que l’orage gronde, il faut ranger le matériel, démonter les tentes… avant de rentrer dormir un peu. Mais même à trois heures du matin, pas question de se coucher direct, confie Cécile.

« On s’est retrouvés autour d’un chocolat chaud - à papoter. Après des journées comme celles-là, on a besoin de se poser. D’atterrir, de partager »

Texte : Elma Haro - Photos : Marie Magnin

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