Dépasser les frontières pour avoir un avenir

Dépasser les frontières pour avoir un avenir
Publié le 19/07/2022

Tomas, 30 ans, originaire d’Erythrée, bénéficiaire de la protection internationale

Photos : Alex Bonnemaison


Tomas regarde les vignes en souriant, sa pioche posée en équilibre sur l’épaule. Il respire et repart dans son rang, attentif aux explications de son tuteur, Johann. « J’aime apprendre, découvrir un nouvel univers. Faire quelque chose d’utile, de concret. Quand on enlève les grains grillés par le soleil pour faire plus de place à ceux qui donneront du bon raisin, on voit tout de suite le résultat. » La petite trentaine, Tomas a quitté son pays d’origine, l’Erythrée, en 2016. Soudan, Éthiopie, Libye, mer Méditerranée, Italie… et, enfin, France, en 2018. « J’ai été obligé de partir. En Erythrée, il y a une dictature depuis plus de trois décennies. Il n’y a pas de liberté, pas d’égalité. On ne peut rien décider dans sa propre vie. Si un jour ça changeait, oui, je pourrais peut-être rentrer. Mais pas pour l’instant. »

Arrivée en France en 2018, obtention du statut de réfugié en 2019, durant un mois, Tomas dort au centre de la Chapelle, à Paris. Un chapiteau gonflable surnommé « la bulle ». « Quand la bulle a été fermée, j’ai été transféré en bus à Dijon », raconte-t-il. C’est comme ça qu’il s’est installé en Bourgogne, un peu par hasard finalement. Un jour, lors d’une journée d’information sur la Préparation opérationnelle emploi collective (POEC) proposée par la Croix-Rouge, viticulture, il découvre le projet. Il souhaite en savoir davantage sur le métier, s’intégrer durablement dans la région. Alors, pourquoi pas ?

D’autant que la terre est un univers qui lui parle. « Il y a beaucoup d’agriculture en Erythrée, confie-t-il. Avant de partir, je travaillais dans les cultures d’oranges. Ce n’est pas le raisin, mais c’est aussi un travail manuel, physique, à l’air pur, dans la nature. » Après la POEC, il signe donc un contrat pro au sein de l’un des domaines de la Maison Boisset. « Je suis content de travailler ici. Pour moi, c’est un jour après l’autre. Je ne peux pas me projeter trop loin, c’est mon histoire qui veut ça. Je sais juste que je veux rester en France et avoir un métier que j’aime. » Quand il n’est pas dans le vignoble, il se repose et appelle sa famille : « ma femme, qui vit pour l’instant en Ethiopie. Mes parents, mes cinq frères et ma sœur, qui sont toujours en Erythrée. » La distance, l’absence, l’éloignement des gens que l’on aime. Il n’en dit pas plus, ne se plaint pas. C’est comme ça. Le dimanche, il joue au foot avec des amis. L’amour du ballon rond est universel, dépasse les frontières. Comme Tomas.

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