Mieux se préparer aux risques de catastrophes : la PIRAC au cœur du dispositif Croix-Rouge

Publié le 06/09/2018

INTERVIEW de Sendy Veerabadren, responsable de la PIRAC – Plateforme d’intervention régionale dans la zone Amérique-Caraïbes de la Croix-Rouge française.


Les trois ouragans survenus dans les Antilles en septembre 2017 ont-ils changé notre regard sur la préparation et la gestion des catastrophes ?

Bien que chacun sache que la région est soumise au risque cyclonique, ces trois ouragans majeurs ont suscité une prise de conscience très forte, au sein de la population mais aussi des pouvoirs publics. Tout le monde est aujourd’hui convaincu de la nécessité de mieux se préparer et de promouvoir à large échelle une culture du risque. D’une part, parce que la zone est fortement exposée aux catastrophes naturelles, et cela va certainement s’intensifier avec le changement climatique ; d’autre part, parce qu’une forte marge de progression existe en matière de préparation aux catastrophes. Depuis un an, la Croix-Rouge française a cherché à renforcer encore davantage ses capacités de réponse, tant au niveau national qu’international, sous la coordination de la direction de l’urgence et des opérations (DUO).


Quelles mesures ont été prises au cours de ces derniers mois ?

Nous avons tout d’abord reconstitué nos stocks de biens humanitaires de première nécessité de façon à pouvoir déployer rapidement l’aide d’urgence en cas de nouvelle catastrophe et permettre aux sinistrés de pouvoir subvenir à leurs besoins essentiels - abris, sanitaires, eau... Ces stocks sont pré-positionnés en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane et, désormais, à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, au cœur des zones à risques susceptibles d’être coupées de l’extérieur pendant plusieurs jours en cas de catastrophe majeure.

Notre seconde priorité a été d’investir davantage dans la formation des bénévoles œuvrant dans les délégations territoriales, de manière à ce qu’ils soient mieux en mesure  d’intervenir en cas d’urgence. Des formations appelées tronc commun des acteurs de l’urgence (TCAU) ont été réalisées pour les bénévoles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy et seront poursuivies dans les autres territoires français de la Caraïbe. En effet, il est important de pouvoir compter sur des bénévoles issus de ces territoires, qui connaissent les terrains, les cultures,  qui parlent la langue (le créole), car ils sont les premiers acteurs de soutien aux populations sur le terrain lorsqu’une catastrophe survient.


Cette stratégie est-elle partagée au niveau des autres sociétés nationales de la Croix-Rouge des pays de la zone ?

Absolument. Depuis un an, nous avons travaillé sur des schémas opérationnels en lien avec la DUO, pour renforcer la coordination entre les sociétés nationales de la zone caribéenne. Dans le cadre de sa coopération régionale et en lien avec la Fédération Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, la Croix-Rouge française, au travers de la PIRAC, appuie des sociétés nationales de pays exposés aux mêmes risques naturels que les territoires français, cyclones, séismes, tsunamis, éruptions volcaniques, etc. Mais, souvent, avec peu de capacités pour y faire face.  Nous soutenons ainsi les Croix-Rouge d’Antigua et Barbuda, de la Dominique, de Sainte-Lucie, de Saint-Vincent et des Grenadines. Nous les conseillons, nous les formons, nous les dotons d’équipements  pré-positionnés, nous nous tenons prêts à déployer des ressources humaines et matérielles en cas d’urgence. Depuis un an nous avons également pu mettre en pratique le récent partenariat opérationnel qui lie la Croix-Rouge française à la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et qui fait de la PIRAC le mécanisme prioritaire de réponse aux urgences du Mouvement International de la Croix-Rouge, en soutien de toutes les Croix-Rouge caribéennes.