A Gien, une parenthèse beauté pour les mamans de notre relais parental
Publié le 17 septembre 2026
Une longue camionnette blanche et rose aux formes arrondies prend place dans le centre de Gien (Loiret). Derrière ses vitres se cache le salon de soins et de bien-être itinérant de la Fondation L’Oréal, notre partenaire depuis plus de 10 ans. Son but : offrir à des femmes en situation de vulnérabilité une parenthèse d’une heure pour prendre soin d’elles, retrouver confiance et rompre l’isolement du quotidien.
Sur le trottoir, Flora, Mathilda, Cristal et Audrey attendent leur tour en discutant. Si leurs histoires sont différentes - certaines élèvent seules leurs enfants, d’autres sont confrontées à la maladie, au handicap, vivent dans des logements précaires ou en centre d’hébergement d’urgence -, toutes fréquentent notre relais parental Le Nid fleuri à Gien. Louane, auxiliaire de puériculture au relais, les accompagne . « Ce sont des mamans très isolées. La plupart sortent peu de chez elles et ne côtoient que leurs enfants et les professionnels qui les accompagnent. Elles passent ponctuellement au relais mais ne se connaissaient pas avant aujourd’hui. Elles n’ont ni le temps ni les moyens de s’offrir ce genre de moment. »
La porte s’ouvre. Une femme souriante les invite à entrer. A l’intérieur, des murs fleuris et des banquettes roses recouvertes de coussins moelleux. Une musique apaisante et un léger parfum d’huiles essentielles. L’atmosphère est douce et feutrée, comme dans un institut de beauté. « Bienvenue à toutes, je suis Morgane, la socio-esthéticienne. Aujourd’hui, vous allez vous chouchouter en prenant soin de votre visage ! Parce que pour pouvoir prendre soin des autres, il faut savoir s’occuper de soi » Les femmes prennent place sur les banquettes. Devant chacune, un miroir et un élégant bol en bois rempli d’eau. Les présentations commencent et chacune partage sa routine beauté. « Moi je mets juste de la vaseline sur mon visage. Mais depuis mes grossesses, j’ai des taches autour des yeux, et ça me gêne », raconte Flora, 36 ans, mère solo de deux garçons de 11 ans et 4 mois. « Moi j’applique juste une crème de jour » poursuit Cristal, 19 ans, maman d’un garçon de 15 mois et enceinte de son deuxième enfant. La socio-esthéticienne distribue à chacune de la lotion et du coton pour se nettoyer le visage. « Allez-y doucement, essayez de sentir votre peau, de visualiser votre visage, profitez de ce moment juste pour vous. » Autour de la table, les femmes se massent les joues, le front, le menton. « Ah, ça fait du frais ! », lance Audrey, 36 ans, maman solo d’un garçon de 5 ans. « Ça sent bon ! » réagit Mathilda, 22 ans, mère célibataire d’un fils de 2 ans. Tout au long de l’atelier, Morgane les encourage à se centrer sur leurs sensations : sentir le parfum des produits, leur texture sous les doigts, écouter la musique… Mais aussi prendre le temps de se regarder dans le miroir. « Beaucoup de ces femmes ne s’occupent jamais d’elles : elles sont tellement préoccupées par leurs enfants, les tâches du quotidien, leurs problèmes, qu’elles ont perdu l’habitude de regarder leur visage et même de le toucher ».
C’est l’heure du gommage. Morgane montre les gestes, les femmes l’imitent. Masser doucement, rincer, vaporiser une brume hydratante sur son visage… Audrey se caresse la joue. « Ah oui, je sens que ma peau est légère ! » À côté d’elle, Flora se penche vers son miroir. « Ça commence à se voir. Mon teint est beaucoup plus lumineux. » Les langues se délient, les visages se détendent. Dernière étape : le masque. « Là, je vous distribue un produit cosmétique, mais vous pouvez aussi le fabriquer vous-mêmes avec du yaourt, du miel et de la banane, c’est très facile et ça coûte moins cher », explique la socio-esthéticienne. Les femmes appliquent soigneusement le masque et sourient en voyant leurs visages barbouillés de blanc. « C’est dix à quinze minutes de pose, poursuit Morgane. Quand vous le ferez à la maison, savourez ce moment rien que pour vous. Mettez de la musique, préparez-vous un petit thé, lisez un magazine… Le ménage et les enfants peuvent attendre un peu ! ». Flora éclate de rire : « Ah, c’est la belle vie aujourd’hui ! Moi qui ne sors que pour accompagner mon fils à l’école ou aller à des rendez-vous médicaux, ça me fait un bien fou ! »
Sous les masques, les conversations continuent. On échange des recettes, des conseils, les plaisanteries fusent. « L’idéal est de faire ça une fois par semaine, conseille la socio-esthéticienne. Mais si vous n’avez pas le temps, le minimum est de mettre une crème hydratante.
Il est 15h et l’atelier touche à sa fin. Morgane invite chacune à se regarder une dernière fois dans le miroir. «Vous étiez déjà très jolies en arrivant, mais là, vous êtes vraiment rayonnantes ! ». En les raccompagnant vers la sortie, elle confie : « Le but est de les aider à retrouver un peu d’estime d’elles-mêmes, leur rappeler qu’elles sont des femmes à part entière. Elles se présentent souvent en disant : je suis maman, je suis malade, je suis sans emploi. Mais rarement : je suis moi. »
Il est maintenant temps de regagner Le Nid fleuri et de retrouver les enfants. Sur le trajet, les discussions se poursuivent. « Ça fait du bien de se recentrer sur soi ! », témoigne Audrey. « Ca m’a changé la tête, renchérit Flora. Pendant une heure je n’ai pas pensé à mes problèmes ». « Moi je vais refaire le masque au yaourt à la maison ! », s’enthousiasme Mathilda. « Quand le relais m’a proposé de garder mon fils pour participer à l’atelier j’ai beaucoup hésité, confie Cristal. D’habitude je ne le laisse que pour aller à mes rendez-vous de suivi de grossesse, jamais pour prendre du temps pour moi. Quand on a des enfants, il faut assumer ! Mais j’avoue que ça m’a fait du bien. »
Louane, l’auxiliaire de puériculture, les écoute en souriant : « C’est super de les voir comme ça, détendues et joyeuses. Pendant une heure, elles ont pu penser un peu à elles, se rencontrer, échanger. On sent que ça leur fait du bien, qu’elles décrochent de leurs soucis. Et forcément, quand une maman arrive à souffler un peu, cela se ressent dans la relation avec ses enfants. »
Témoignage
Morgane Lepeltier, cheffe de service de notre relais parental Le Nid fleuri,ouvert en avril 2026 à Gien : |
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« Au Nid fleuri, nous proposons de l’accompagnement à la parentalité à des familles isolées qui rencontrent des difficultés dans l'éducation ou la prise en charge de leurs enfants. Cela passe par l’accueil, de jour comme de nuit, de dix enfants âgés de 2 mois à 18 ans. Nous sommes une équipe de huit salariées composée d’éducatrices de jeunes enfants, d’auxiliaires de puériculture, d’accompagnantes éducatives et sociales, d’animatrices, et d’un éducateur spécialisé. Les parents nous confient leurs enfants quand ils doivent se rendre à des rendez-vous médicaux, à la maternité, accompagner un proche hospitalisé ou tout simplement quand ils ont besoin de répit pour éviter l’épuisement parental. Nous leur proposons aussi des échanges sur place ou par téléphone, des mises en lien avec des partenaires extérieurs(MDPH (maison départementale des personnes handicapées), assistantes sociales, associations, groupes de parole, etc.) et des ateliers thématiques, pour les aider à organiser des activités avec leurs enfants, à les coucher ou à leur donner la douche. L’idée est de soutenir la parentalité au sens large, et de travailler le lien parent-enfant. Quand l’équipe Croix-Rouge initiatives nous a proposé cet atelier de socio-esthétique pour les femmes, nous avons tout de suite accepté car cela fait pleinement partie de notre mission. Nous sommes dans une logique de prévention car il est préférable d’intervenir avant que l’épuisement ne devienne trop important. Les mères que nous accompagnons vivent des situations familiales compliquées et sont très sollicitées. Elles pensent aux enfants, aux rendez-vous, aux démarches et finissent parfois par s’oublier. Leur épuisement a des répercussions sur la vie familiale et sur leurs enfants. Permettre à une mère de s’occuper d’elle en tant que femme et de se sentir mieux peut l’aider à être plus sereine et disponible dans la relation avec son enfant. Pendant l’atelier, les enfants sont pris en charge et les mamans peuvent profiter pleinement de ce moment. Elles ont ri, discuté, échangé… A terme, cela peut favoriser le lien social, essentiel à leur équilibre, et leur permettre de développer une entraide mutuelle. La réussite de cet atelier m’a donné envie de développer d’autres propositions où les parents pourront échanger, apprendre des choses simples et les réutiliser ensuite à la maison, comme par exemple des ateliers cuisine. Finalement, tout cela participe à un même objectif : soutenir le parent pour qu’il puisse, à son tour, mieux prendre soin de son enfant. » |