Vers qui se tourner quand une maladie impose d'être hospitalisé, que l'épuisement parental terrasse, que les vulnérabilités s'accumulent sans jamais pouvoir confier ses enfants à une personne de confiance, même brièvement, le temps de se remettre sur pied ? Le relais parental d'Amilly, dans le Loiret, offre aux parents isolés un répit plus que nécessaire pour préserver l’équilibre familial.

“La petite luciole”, 106 rue de la Mare aux fées. Drôle d’adresse et pourtant, en apparence, rien d’abracadabrant. Une route serpente devant les pavillons de ce paisible lotissement familial. Banal décor ? Tss tss tss… Ne vous fiez pas aux apparences. Il suffit de franchir le portillon, d’oser frapper, une fois, rien qu’une, pour savoir que les fées existent.

Dominique était la première à se pencher sur le berceau de Johsann, 10 mois, ce matin : “Sa mère a eu un pépin de santé, elle a dû être hospitalisée 5 jours. Elle n’a personne sur qui compter autour d’elle, alors on prend le relais !” Dominique, c’est la maîtresse de maison du relais parental d’Amilly. Ici pas de repas livrés sous plastique, la doyenne de l’équipe prend en charge les courses, la cuisine, s’assure de la propreté des lieux comme des activités manuelles des enfants. Autour d’une table, elle sait mettre tout le monde d’accord. Elle qui a longtemps travaillé dans un foyer d’hébergement pour adultes en situation de handicap a intégré la structure dès l’ouverture en avril 2025, alors qu’aucun relais parental n’existait sur le territoire.

Un an plus tard, elle a vu des dizaines de familles franchir le seuil de cette porte. 

Leurs difficultés sont entendues et les urgences gérées avec douceur par les 10 membres de l’équipe. Le relais parental d’Amilly peut accueillir jusqu’à 10 enfants âgés de 2,5 mois à 18 ans. “Le principal c’est que tous se sentent bien ici. On fait des activités, on discute, on mange tous à la même table, on a nos petits rituels. Mais si on se retrouve avec un seul ado un soir, on peut aussi aller se chercher un tacos, un kebab et se faire une soirée film, comme à la maison ! “ sourit Auréline, éducatrice de jeunes enfants (EJE) .

“Ni une solution de garde, ni une mesure de protection de l’enfance”

Sans personne pour leur venir en aide, certains parents contraints par un traitement lourd ont dû passer le relais ponctuellement pour alléger leur quotidien et celui de leurs enfants. D’autres ont besoin d’un coup de pouce le temps d’honorer un rendez-vous. Un bébé qui ne fait pas ses nuits depuis des années, une adolescence difficile à gérer, des violences conjugales à fuir… Quelles que soient les raisons, le relais parental d’Amilly offre aux parents fragilisés et isolés la possibilité d’un répit. “Le relais n’est ni une solution de garde, ni un dispositif de protection de l’enfance. C’est une structure de prévention et nous y sommes très attachés. N’importe quel parent peut se trouver en difficulté, à n’importe quel moment de sa vie”, précise Déborah, directrice des relais parentaux du Loiret. 

Impulsé par la Stratégie nationale de prévention et de protection de l’enfance 2020-2022, le projet est né d’un engagement gouvernemental : créer 20 nouveaux relais parentaux pour soutenir les parents en difficulté. Des structures relativement rares aujourd’hui. Il en existerait moins d’une vingtaine en France. La plupart sont des établissements Croix-Rouge. Dans le Loiret, un an après l’inauguration de la structure, un deuxième relais parental a été inauguré à Gien. Deux autres devraient voir le jour d’ici la fin de l’année 2028 à Orléans puis Pithiviers. 

Un cadre familial

Un double salon, des chambres modulables en fonction des âges, différents espaces de jeux, une terrasse, un jardin, la structure a été pensée “comme une maison familiale” précise Maurine, éducatrice de jeunes enfants, avant de s'interrompre en poussant un cri de joie. Johsann, hilare, vient de faire ses premiers pas dans sa direction. “Il va falloir qu’on se contienne, sa maman sentait que ça allait arriver, elle nous a dit de ne pas lui envoyer de vidéo, elle voulait le voir de ses yeux, on va attendre qu’elle revienne pour lui faire la surprise !” Ici, les parents peuvent déposer leurs peines et partager leurs joies. Certains ont connu le relais par l’école, la PMI, un travailleur social ou tout simplement par le bouche-à-oreille. “On a même reçu un coup de fil d’une paroisse qui s’inquiétait pour une famille” sourit Déborah. Point important : chaque parent vient ici de son plein gré. Une heure, une demi-journée, une semaine… La souplesse est de mise et les enfants accueillis 7j/7, 24h/24.

Objectif prévention

Jusqu’à présent, sans entourage ni structure adaptée, une mère seule sur le point d’accoucher devait confier ses aînés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). “Ce n’est pas leur place, c’est lourd pour la famille et coûteux pour l’ASE”, affirme Sarah Beaudoin, chargée de prévention précoce au Conseil départemental du Loiret. La collectivité mène main dans la main avec les équipes salariées du relais parental une mesure d’impact. Son objectif : évaluer l’efficacité de ces mesures de prévention et les économies qu’elles permettent. “L’aide éducative et toutes les actions menées ici pour limiter l’épuisement parental sont plus difficiles à évaluer mais nous y sommes très attachées. Nous savons qu’elles permettent d’éviter des ruptures. Grâce à elles, les liens familiaux se dégradent moins voire s’améliorent considérablement”, précise Sarah. 

“Aujourd’hui, je suis une autre femme !”

Mélodie élève seule ses 4 enfants âgés de 10 à 2 ans. Son cadet, Diego, souffre de troubles du spectre autistique trop lourds pour être pris en charge à temps complet à l’école. Le reste du temps, c’est donc elle qui s’en occupe. Quant à sa petite dernière, “c’est un bébé koala, toujours accrochée à moi”. La première fois qu’elle a franchi la porte du relais parental, il y a 1 mois et demi, Mélodie semblait éteinte. Épuisée, déprimée, elle qui ne quittait jamais ses 4 enfants se demandait pourtant comment elle avait atterri là. “J’avais peur, je n’avais confiance en personne. Aujourd’hui, je suis une autre femme !“ témoigne-t-elle.

Elle est d’abord venue découvrir le lieu en famille, prendre un goûter et quelques conseils. Rituel de séparation, coucher, repas… Appliquées à domicile, certaines techniques ont permis d’alléger son quotidien. Grâce au relais parental, Mélodie a fini par passer une journée seule sans trop savoir quoi en faire. “Je suis allée marcher plusieurs heures, ça m’a fait un bien fou. Ça m'a rappelé ces moments de légèreté quand vous êtes petit, que vous ne pensez à rien et que vous vous amusez simplement à lancer un bâton au chien. Je n’ai pas fumé. J’ai laissé mon téléphone. J’ai déconnecté.”

Retrouver un équilibre

Prendre un peu de hauteur, même ponctuellement, lui a permis de se sentir plus proche de ses enfants, de les voir sous un autre angle aussi. “Rafaël, mon aîné, voyait que j’allais mal, il s’occupait beaucoup des autres et de moi. Ici, il a retrouvé sa place d’enfant”. La semaine prochaine, elle a prévu d’emmener ses deux grands à l'escalade pour passer un moment avec eux. Rien qu’avec eux. Mélodie se dit très reconnaissante. “Ici on voit que mes enfants sont soutenus et écoutés. À la maison, ils demandent le même soutien, la même écoute. Ça me tire vers le haut”. Au relais parental, où ils passent désormais un week-end sur deux “comme une garde alternée”, les petits commencent à prendre leurs habitudes, se sont fait des copains. En ouvrant la porte, ils ont sauté dans tous les bras, y compris Diego. Ici, la petite famille semble avoir trouvé son équilibre et des adultes sur qui compter. Unie comme les cinq doigts de la main certes, mais ouverte à d’autres mains tendues. 

Photos : Christophe Hargoues

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