Au relais parental de Gennevilliers, “on ne se juge pas, on est ensemble”
Publié le 4 juin 2026
“Fatou yo si dia dialano !” Ce matin de mai, comptines et percussions résonnent dans le salon du relais parental de La Passerelle, à Gennevilliers (92). Une jeune mère est au djembé et à côté d’elle, Maryse, monitrice-éducatrice, à la guitare et au chant. Les enfants font les chœurs, tapent des mains et babillent en rythme avec les professionnelles - éducatrice de jeunes enfants, auxiliaire de puériculture. C’est un mardi matin comme un autre.
Car ici, on vit, on chante, on rit, on joue. On prend soin des enfants et de leurs parents. Les professionnels de la petite enfance et les travailleurs sociaux s’occupent de plusieurs enfants en bas âge prêts à croquer la vie à pleines dents, ou plutôt en déchirant de grandes feuilles de papier - pour développer leur motricité fine, entendons-nous. “Le relais parental, c’est un espace de répit pour les parents qui traversent des difficultés, doivent trouver une solution pour leurs enfants en cas d'hospitalisation ou qui ont besoin de résoudre une situation administrative”, explique Yann Paredes, un des responsables de service de La Passerelle. C’est aussi un espace qui permet tout simplement de souffler et de prendre le temps nécessaire pour se reposer et retrouver un équilibre familial. Ouvert il y a 40 ans et premier relais parental de France, La Passerelle accompagne chaque année de nombreuses familles. Mais, comme l’ensemble des acteurs du soutien à la parentalité, la demande ne cesse d’augmenter. Pour Soumia*, cet accueil précieux a tout changé.
Un accueil qui change tout
Soumia s’est retrouvée sans domicile, avec son bébé de tout juste un mois. Victime de violences de la part de son ex-conjoint, rejetée par sa famille et très éprouvée, elle reçoit à La Passerelle un soutien qu’elle n’osait même plus espérer. “J’étais une maman débutante, en dépression, et je suis maintenant une maman confiante”, se décrit-elle.
Au relais parental, elle s’est sentie écoutée et rassurée à l’idée de laisser son petit Wassim quelques jours par semaine. Ce répit lui permet d’aller mieux, de se rendre à ses rendez-vous, d’obtenir l’aide dont elle a besoin pour stabiliser sa situation. Car comment s’occuper d’un nourrisson alors que les coups d’un homme violent pleuvent ? Comment être parent sans le confort d’un logement à soi, sans relais, sans soutien ? Soumia le dit, le répète même : “Ici, on m’a sauvée.”
“Redonner le goût de vivre pour soi”
La jeune maman a aussi trouvé de nombreuses réponses à ses questions auprès des professionnels de La Passerelle. Comprendre les pleurs de son bébé, les étapes de son développement, interroger ses pratiques éducatives… S’il permet la garde d’enfants, le relais parental n’est pas que ça. C’est un espace d’aide à la parentalité, un lieu d’échange et de rencontres. Car au beau milieu de ce grand bouleversement social et émotionnel qu’est la naissance d’un parent, l’isolement est souvent très prégnant, de surcroît en situation de précarité. Au fil des mois, Soumia s’est relevée, a trouvé un logement, retissé quelques liens avec sa famille et se sent tout simplement bien dans sa maternité. “Prendre soin des mamans, c’est aussi prendre soin des enfants”, constate-t-elle. Cette philosophie, c’est d’ailleurs celle de Maryse, monitrice-éducatrice - et chanteuse de comptines au petit matin. Soumia et d’autres mères participent à la toute nouvelle activité que l’éducatrice a mise en place. “Je propose des sorties en forêt, au parc, une fois par semaine”, explique-t-elle. Maryse est une force de la nature, ce qui la tient, c’est l’action, les projets, l’accompagnement global des parents et de leurs enfants. “J’en retire du bien-être. Quand je rentre chez moi, je suis contente. J’ai le sentiment d’accomplir quelque chose.”
Ce nouveau projet, elle l’a pensé pour les mères - un rendez-vous pour les pères est également en cours de création. “On travaille sur l’estime de soi en pleine nature, c’est apaisant et ça fait ressortir énormément de choses positives. Ces sorties permettent de briser la solitude, de se rencontrer entre mamans et de redonner le goût de vivre pour soi. On ne se juge pas, on est ensemble.”
De cette randonnée sensorielle, Soumia n’en retire que des bienfaits. Apaisée, elle aspire à une vie stable et recherche pour l’heure une place en crèche afin de pouvoir travailler. Si la jeune femme est consciente des montagnes immenses qu’elle a gravies pour son fils en une poignée de mois seulement, elle avance à présent aussi pour elle-même. Soumia le sait, tout est lié. Si elle va bien, alors pour Wassim, ça ira.
*Le prénom a été changé