Que personne ne subisse des inégalités d’accès à la santé en raison de sa situation géographique, économique ou sociale, c’est l’une des missions de la Croix-Rouge française. Car aujourd’hui encore en France, le lien entre précarité et risque de développer certaines maladies chroniques est encore trop prégnant. A travers un partenariat signé en 2024 et mis en œuvre à partir de 2025, le laboratoire pharmaceutique AstraZeneca nous soutient pour aller à la rencontre des personnes en situation de précarité les plus éloignées du système de santé. Ensemble, nous déployons une dizaine de projets pilotes dans six régions dont la Guadeloupe, pour toucher près de 2 000 personnes.

Quand les conditions de vie sont précaires, prendre soin de sa santé est un parcours semé d’embûches 

Les statistiques sur les inégalités de santé en France sont documentées depuis plusieurs décennies, et elles restent saisissantes. En 2025, entre un ouvrier et un cadre supérieur, tous deux en emploi, logés et insérés socialement, l'écart d'espérance de vie atteint sept ans. Parmi les 10 % des Français aux revenus les plus faibles, le risque de développer un diabète est 2,8 fois supérieur à celui des 10 % les plus aisés. Les maladies respiratoires chroniques sont 1,6 fois plus fréquentes dans cette même tranche de population. Et les personnes à faible niveau de revenus cumulent plus souvent plusieurs pathologies simultanément.

Ce que pointent ces chiffres, c'est un phénomène de double peine que nous observons chaque jour sur le terrain. D'un côté, les personnes en situation de précarité sont davantage exposées aux maladies, du fait de conditions de logement dégradées, d'un travail précaire et/ou d'une alimentation insuffisante ou déséquilibrée. De l'autre, elles rencontrent plus d'obstacles que la population générale dans leur accès à la santé, à la prévention, aux droits et aux soins : pas accès à un médecin traitant, des transports pas adaptés, une barrière linguistique, une méconnaissance de leurs droits ou simplement une primauté des besoins liés à la survie par rapport aux besoins de santé. Quand on lutte pour se loger ou se nourrir, la santé passe souvent au second plan, non par négligence, mais par nécessité.

Ces inégalités ne surgissent pas à l'âge adulte. Selon l'Organisation mondiale de la santé, elles résultent des conditions dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent et travaillent. Des déterminants sociaux qui s'accumulent dès l'enfance. À cela s'ajoutent des disparités territoriales : certains quartiers ou zones rurales cumulent à la fois une population fragilisée et une désertification médicale. Réduire ces inégalités suppose donc des réponses adaptées, au plus près des réalités de vie des personnes et des territoires. 

Un partenariat né d'un constat partagé

C'est à partir de ce constat que s’est développé notre partenariat avec AstraZeneca Nous partageons la conviction que la prévention et le dépistage doivent être accessibles à toutes et tous, quelles que soient les conditions de vie.

« Nous sommes fortement engagés en matière d'égalité d'accès aux soins », explique Hervé Dussart, Directeur de la Stratégie des Nouveaux Produits chez AstraZeneca France. « Les personnes en situation de précarité ont deux fois plus de risque de développer certaines maladies, et leur espérance de vie est en moyenne réduite de dix ans. »

Emilie Marin, notre Chargée de mission Santé Précarité, souligne l’intérêt de ce partenariat : « La force de ce partenariat repose dans la complémentarité : expertise thérapeutique et capacité à aller vers les publics les plus éloignés du système de santé. »

Des actions de proximité pour lever les freins d’accès à la prévention 

Grâce au soutien d'AstraZeneca, dix projets pilotes ont été sélectionnés conjointement parmi les candidatures de nos structures locales, dans cinq régions métropolitaines (Île-de-France, Grand-Est, Hauts-de-France, PACA et Occitanie) ainsi qu'en Guadeloupe.  Ces projets constituent une phase expérimentale destinée à tester, dans des contextes territoriaux variés, des modalités d’intervention favorisant l’accès à la prévention en santé de ces publics. 

L'idée directrice est simple : aller au plus près des lieux de vie et d'intérêt des personnes en situation de précarité éloignées du système de santé. Ne pas attendre qu’elles viennent aux dispositifs de prévention, mais proposer des actions supplémentaires et adaptées là où elles vivent, où elles sont rencontrées et accompagnées. Concrètement, cela prend plusieurs formes :

  • des permanences de prévention en mode « guichet unique ». En un même lieu et une même journée, on peut se faire dépister, se faire vacciner et être orienté vers le système de santé si nécessaire.

  • des ateliers collectifs autour de l'activité physique et de l'alimentation, deux leviers de prévention essentiels face aux maladies chroniques.

  • des actions de médiation en santé, pouvant aller jusqu’à l’accompagnement physique jusqu'aux rendez-vous médicaux, afin de lever les freins concrets, administratifs, linguistiques ou symboliques, et organisationnelle  dans l’accès à la santé.

Les actions sont organisées dans ou à proximité de nos structures comme nos vestiboutiques ou nos restaurants solidaires. Sur le plan médical, elles concernent la prévention de nombreuses maladies telles que l’hypertension, le diabète, le cancer du poumon, les cancers gynécologiques et les infections sexuellement transmissibles.

Une ambition commune : favoriser un accès durable à la prévention et aux soins

L'enjeu n'est pas seulement de repérer plus tôt, mais de rendre les dispositifs de prévention en santé plus accessibles à des personnes qui en sont durablement éloignées. « Notre ambition est de permettre à ces personnes d'être prises en charge plus tôt et de voir leur qualité de vie et leurs chances de survie s'améliorer », résume Emilie Marin.

À l'issue des douze mois du programme, nous réaliserons en partenariat avec AstraZeneca une évaluation d'impact : combien de personnes touchées, de diagnostics établis, de patients réorientés vers le système de santé, mais aussi l’identification des modalités d’intervention pertinentes, la documentation des freins, leviers, conditions de réussite et éclairer les possibilités d’essaimage. « Nous réaliserons un bilan très concret », confirme Hervé Dussart, « pour mesurer l'effet réel de ces dispositifs sur le dépistage et le ré-adressage des patients. »

Les résultats de cette évaluation ont vocation à nourrir la réflexion sur les stratégies d’aller-vers en prévention santé à destination des publics en situation de précarité éloignées du système de santé, à identifier des pratiques transférables et à éclairer les conditions d’un éventuel essaimage.

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