Protection, genre et inclusion dans les Caraïbes : comprendre pour mieux agir
Publié le 6 mars 2026
Marjorie, que signifie concrètement la Protection, le Genre et l’Inclusion (PGI) dans la gestion des catastrophes ?
La Protection, le Genre et l’Inclusion, ou PGI, est l’approche adoptée par le Mouvement Croix-Rouge pour traiter les causes, les risques et les conséquences de la violence, de la discrimination et de l'exclusion dans ses organisations et lors de ses activités et opérations sur le terrain.
Les femmes, les hommes, les enfants, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap ou issues de minorités ne font pas face aux mêmes risques, ni aux mêmes obstacles, en période de crise.
L’ONU a par exemple constaté que les féminicides augmentent de 28 % lors des vagues de chaleur. Cela montre à quel point les phénomènes climatiques ont aussi des conséquences sociales et genrées.
Il est donc nécessaire d’apporter des réponses adaptées afin de ne pas créer ou renforcer des inégalités existantes et dans l’idéal répondre à ces inégalités.
Notre rôle à la PIRAC est d’accompagner les acteurs humanitaires et institutionnels des Caraïbes pour que la protection et l’inclusion ne soient pas des sujets à part, mais bien intégrés à l’ensemble des actions menées.
Pourquoi développer cette approche dans les Caraïbes ?
Les sociétés caribéennes sont marquées par une grande diversité culturelle, sociale et historique. Elles sont aussi traversées par des normes sociales parfois très fortes autour des rôles de genre, de la famille ou de la place des minorités. Ces réalités influencent directement la manière dont les populations vivent les crises.
Par exemple, l’homosexualité n’a été décriminalisée dans certains territoires des petites Antilles qu’en juillet 2025. La population LGBTQ+ s reste encore invisibilisée. Ses besoins ne sont donc pas pris en compte par la législation existante. Elle est donc peu protégée en cas d’atteinte aux droits, même les plus primaires comme la santé ou la sécurité, même si les lignes bougent. Comprendre ce contexte est indispensable pour proposer des réponses réellement efficaces et équitables.
Par ailleurs, en 2022, la PIRAC a mené une étude sur 3 territoires caribéens qui a mis en évidence une méconnaissance importante des concepts de genre. Beaucoup d’acteurs ignoraient comment intégrer concrètement ces concepts dans leurs plans d’urgence ou leurs stratégies nationales. L’étude révélait également une compréhension partielle du cadre législatif existant et des engagements politiques pour l’égalité de genre en général et spécifiquement dans la gestion des risques de catastrophes. Il en résultait un sentiment d’illégitimité à intervenir sur ce champ d’action.
Un constat s’est imposé : la connaissance amène la légitimité à intervenir qui va encourager l’action. Sans compréhension claire des enjeux juridiques et institutionnels, il est difficile d’agir efficacement.
C’est de ce constat qu’est née l’analyse du cadre légal régional.
En quoi consiste l’analyse du cadre légal que vous avez menée ?
L’analyse du cadre légal vise à mieux comprendre comment les traités internationaux et régionaux, mais également les lois et les politiques au niveau national protègent, ou non, les personnes face aux discriminations et aux violences, notamment en situation de catastrophe.
Nous avons étudié un panel de lois afin d’évaluer si elles intégreraient le genre et si oui, comment ? Globalement, il s’agit d’identifier les avancées existantes, mais aussi les lacunes, afin de renforcer les mécanismes de protection.
Nous nous sommes appuyés, entre autres, sur de multiples initiatives menées par des acteurs régionaux et nationaux. En leur donnant la parole dans le cadre de cette analyse nous avons mis en lumière comment concrètement, en s’appuyant sur le droit ou, au contraire, en s’insérant dans les angles morts des politiques, ils répondent aux besoins des communautés marginalisées.
Par exemple, la coalition régionale portée par l’ECADE a utilisé le droit comme levier pour défendre les droits des personnes LGBTQ+ en Caraïbe orientale. Son action a contribué à une vague historique de décriminalisation de l’homosexualité, démontrant que le cadre juridique peut être un puissant moteur de changement.
Au final, nous avons proposé une trentaine de recommandations concrètes que les acteurs de la gestion des risques de catastrophes et de la PGI pourront activer en matière de partenariats, formation, process, etc.
Quelles sont les prochaines étapes de votre mission ?
Nous allons prochainement partager ces résultats avec les Croix-Rouge locales et les acteurs de la gestion des risques de catastrophe à travers des webinaires et des ateliers pratiques. L’objectif est clair : donner des clés opérationnelles pour intégrer la PGI dans les plans d’urgence, les stratégies nationales et les projets de terrain et leur apporter de la légitimité et des arguments juridiques solides.
En cette Journée internationale des droits des femmes, quel message souhaitez-vous transmettre ?
Le 8 mars nous rappelle que les droits des femmes sont un baromètre du niveau de justice d’une société. Mais parler de genre ne concerne pas uniquement les femmes : c’est parler d’équité, de dignité et de protection pour toutes et tous.
Dans les Caraïbes, les progrès sont réels. Ils sont parfois lents, mais ils existent. Le rôle de la PIRAC est d’accompagner ces dynamiques, en renforçant les connaissances, en soutenant les acteurs locaux et en faisant de la PGI une approche véritablement transversale.
Il n'est plus viable de mener des actions de gestion des risques de catastrophes qui ne tiennent pas compte des considérations liées au genre et des problèmes auxquels sont confrontées les communautés historiquement marginalisées. Il est essentiel d’avoir une approche qui intègre pleinement les dimensions du genre et des droits humains, tant pour des raisons de droits, de justice et d'équité que pour des raisons d'efficacité et d'efficience dans la gestion des crises et des catastrophes. Parce qu’une gestion des catastrophes efficace est une gestion des catastrophes inclusive.

Marjorie Thimon, Chargée de mission Protection, Genre, Inclusion à la PIRAC
Cette action est rendue possible grâce au projet #3Océans financé par l'Agence Française de Développement (AFD). Ce projet renforce la résilience des territoires des 3 bassins océaniques face aux catastrophes et aux crises sanitaires, en intégrant les défis du changement climatique et des inégalités de genre dans toutes ses actions.
Partenaires de mise en œuvre du projet 3 océans
40 entités partenaires : institutions locales, nationales et régionales, acteurs académiques et scientifiques, OSC, Sécurité Civile, Etat-Major, agences régionales de santé, etc.
