En direct de Mayotte : "Je veux aider dans ce chaos"
Publié le 23 décembre 2024
Ici, Ă VahibĂ©, nous sommes dans une zone rĂ©putĂ©e sensible et trĂšs isolĂ©e en rĂšgle gĂ©nĂ©rale. Nombreux sont celles et ceux qui souffrent de blessures, souvent dues aux tĂŽles qui se sont envolĂ©es. Nombreux sont les enfants marchent pieds nus dans les dĂ©bris au risque de se blesser dangereusement. Alors, notre Ă©quipe EMSP va Ă leur rencontre. Ces mĂ©decins et infirmiĂšres, qui travaillent au centre hospitalier de Mayotte (CHM), vivent leur premiĂšre expĂ©rience Croix-Rouge. Câest Roxane, leur collĂšgue et la chef dâĂ©quipe qui les a motivĂ©s. AprĂšs leurs toutes premiĂšres heures Ă Ćuvrer sous notre emblĂšme, ils tĂ©moignent.
Angélique et Nicolas
AngĂ©lique Dumontier a 26 ans et travaille dans le tourisme. Son compagnon, Nicolas est mĂ©decin rĂ©animateur et travaille Ă lâhĂŽpital de Mamoudzou. ArrivĂ©s sur l'Ăźle dĂ©but novembre, le couple devait y rester 6 mois. Mais en une semaine, leur quotidien a basculĂ©âŠ
AngĂ©lique : « Je ne suis pas mĂ©decin, et je ne savais pas comment aider. Roxane est venue nous parler de la Croix-Rouge, mais je ne savais pas quel rĂŽle je pourrais y remplir. Finalement, jâai eu plusieurs petites missions aujourdâhui : recenser les plaies, les blessures, les prises en charge et lâorientation des patients, et faire de la vigilance pour sĂ©curiser la zone et de lâaide pour les pansements. On a notre vie ici. Tous ces gens qui nâont plus de toit sur la tĂȘte, plus rien Ă manger, nous les croisions avant le cyclone et câest important dâĂȘtre solidaires avec eux. »
Nicolas : « Jâai vĂ©cu ce matin Ă la fois bien et douloureusement. Bien car on a Ă©tĂ© bien accueillis et câest important de voir ce qui se passe et dâaller Ă la rencontre des gens. Mais douloureusement car câest difficile de voir des gens dans cette situation. On a envie de faire plus mais on est limitĂ©s en termes de possibilitĂ©s dâaction. Les blessures, on sây attendait, mais ce que nous craignons câest de les retrouver plus tard Ă lâhĂŽpital dans des Ă©tats critiques car lĂ , on a fait le strict minimum avec des pansements, des dĂ©sinfections. Mais on sait que sâils ne vont pas dans des centres dans les prochains jours, cela peut dĂ©gĂ©nĂ©rer et finir en amputation. »
Elisabeth et Guillaume
Elisabeth est mĂ©decin en soins palliatifs. Avec son compagnon Guillaume, mĂ©decin en rĂ©animation pĂ©diatrique, ils ont toujours Ă©tĂ© donateurs et soutiens de la Croix-Rouge, mais sans s'engager en tant que bĂ©nĂ©voles. Aujourdâhui, câest donc une premiĂšre.
Elisabeth : âCâest normal et important dâaider quand on va bien, quand on a un toit. Mais on aimerait que ça aille plus vite, câest un peu frustrant. Les personnes nâont plus rien. Elles nous disent « merci dâĂȘtre là », alors cela nous rĂ©conforte face au sentiment de ne pas pouvoir faire assez. Le fait dâĂȘtre lĂ et que les gens voient que lâaide arrive, câest dĂ©jĂ quelque chose. On leur montre quâon est tĂ©moins de lâanormalitĂ© de ce quâils vivent. Pour nous, agir aujourd'hui, câest finalement le pied Ă lâĂ©trier qui nous manquait. Ătre bĂ©nĂ©voles faisait partie de nos projets, câest une concrĂ©tisation. »
Guillaume : âCe matin, jâai eu une sensation de nĂ©cessitĂ© dâaller au plus prĂšs de la population qui ne se dĂ©place pas vers les centres de soins. Câest une population isolĂ©e dans les bangas, donc il faut aller vers eux et essayer de sâavancer le plus loin possible. Câest important mĂȘme si ce sont des petites plaies, car ce sont toutes des plaies Ă risques de surinfections. Peut-ĂȘtre quâen intervenant comme on le fait en nettoyant, si la personne se rend ensuite dans un centre de soins comme on le lui conseille, on peut Ă©viter des complications qui pourraient ĂȘtre mortelles.â
Camille, gynĂ©cologue, Ă©tait de garde cette nuit Ă la maternitĂ© : « Je ne peux pas rester chez moi sans rien faire, donc je viens. Les petits pansements ça peut paraĂźtre pas grand- chose mais câest aussi de lâĂ©ducation thĂ©rapeutique. Les gens comprennent quâil faut que les pieds restent propres, au sec. Certains vont comprendre quâil faut un suivi. Je ne me sens pas lĂ en tant que soignante mais en tant quâaidante. Les soins quâon fait, tout le monde peut les faire. Je veux aider dans ce chaos. A lâhĂŽpital, on aide mais quand je ne travaille pas, je ne peux pas rester chez moi Ă me tourner les pouces.»
CĂ©line est infirmiĂšre anesthĂ©siste. Elle est en contrat pour 3 mois au CHM : « Jâallais prendre mon petit dĂ©jeuner Ă lâinternat, et on mâa dit quâil y avait une voiture qui partait, alors je suis partie. Câest bien mais ce nâest rien du tout ce quâon fait, ils ont vraiment besoin de soins, il faut quâils aillent Ă lâhĂŽpital. Câest frustrant, mais câest dĂ©jà ça, un contact et du rĂ©confort. »