Journée mondiale des premiers secours : “C’est super de nous enseigner ces gestes simples qui peuvent sauver des vies”
Publié le 17 septembre 2026
Samedi 12 septembre, 11h, en plein cœur du Vieux-Lille. Le ciel est bleu azur, l’air est doux. Promeneurs, familles, couples et étudiants déambulent sur les pavés de la place du Théâtre. Devant l’Opéra, une grande tente blanche a déployé sa toile. Une dizaine d’hommes et de femmes en chasuble rouge siglés de notre Croix-Rouge française s’activent. C’est la Journée mondiale des premiers secours. Thème de cette 26e édition : « Les premiers secours dans les contextes migratoires ».
Information et sensibilisation, quiz et jeux, distribution de prospectus… L’objectif est, cette année encore, de toucher le plus grand nombre. « En France, seuls 40 % des citoyens sont formés aux gestes de premiers secours, insiste Margaux, chargée de projet à l’unité locale de Lille Métropole. C’est l’un des taux les plus faibles d’Europe. Nous souhaitons atteindre 80 %, comme c’est le cas dans certains pays comme l’Allemagne. En cas d’accident, la première personne présente sur place est souvent celle qui peut agir le plus vite. Plus on forme les citoyens, plus ils peuvent réagir rapidement en attendant l’arrivée des secours.»
Assis en cercle sur de longs tapis bleus, un petit groupe de participants s’est installé autour de Lou, 20 ans, formatrice bénévole, pour s’initier aux gestes qui sauvent. « Aujourd’hui, je vais vous apprendre à faire un massage cardiaque ». Cindy, 37 ans, écoute avec attention. « Cet été, j’ai assisté à un accident et je n’ai pas su quoi faire alors je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne au cas où ». En face d’elle, Julie, 49 ans, acquiesce : « Moi je me suis formée il y a quatre ans mais j’ai l’impression d’avoir tout oublié. Alors je viens faire une petite piqûre de rappel ! ». Devant elles, des mannequins de réanimation. « Avant de commencer la démonstration, savez-vous comment reconnaître une personne en arrêt cardiaque ? ». « Elle ne respire plus ? » « Elle est inconsciente ? » tentent les participantes. « Pour le vérifier, je vous propose de vous placer au niveau de la tête de votre mannequin. Vous allez mettre une main sur le front, deux doigts de l’autre main sous le menton pour lui relever la tête. Vous allez ensuite pouvoir approcher votre oreille de son nez pour écouter et sentir si elle respire. Si au bout de dix secondes ce n’est pas le cas, c’est que la personne est en arrêt cardiaque. » Cindy et Julie imitent les gestes. « A votre avis, quelle est la chose la plus importante à faire maintenant ?». Les deux femmes réagissent, suggèrent, interrogent… « Notre pédagogie est basée sur l’échange et la mise en pratique, explique Julien, 41 ans, formateur et secouriste. Nous ne nous plaçons pas en position de sachant, mais nous laissons, au contraire, les participants proposer et s’entraider entre eux. Leur donner l’occasion de s’entraîner concrètement et les rassurer sur leurs gestes favorise le passage à l’action. » Avoir le réflexe d’appeler les secours, connaître les numéros d’urgence, leur donner toutes les informations nécessaires… Tout cela fait partie de l’initiation.
Lou passe maintenant le relais à Nicolas pour procéder au massage cardiaque. A 41 ans, ce professeur d’EPS est bénévole depuis quelques semaines. « Plus jeune, j’étais pompier volontaire. Mais la population constitue le premier maillon de la chaîne : avant l’arrivée des secours, on peut tous agir pour sauver des vies. Je suis content de contribuer à enseigner ça aux gens ». Avec ses doigts, il indique, sur le mannequin, comment trouver la bonne zone d’appui et bien se positionner. « Le talon d’une main à ce niveau-là, l’autre main par-dessus, les doigts entrelacés. Vous vous placez au-dessus du torse, les bras bien tendus, et vous pouvez commencer le massage… ». « 1, 2, 3, 4, 5, 6… » Les participants le suivent. « Le bon rythme, c’est entre 100 et 120 compressions par minute. Pour vous donner un repère, c’est le rythme de chanson Stayin’ Alive des Bee Gees. » Amusés, certains reprennent le refrain.
Curieuse, une maman accompagnée de ses trois enfants s’est approchée : « Qu’est-ce que vous faites ? » « Une formation au massage cardiaque. Si vous avez une dizaine de minutes, vous êtes les bienvenus ! » propose Nicolas. « Les initiations s’adressent à tous les âges, poursuit Julien. A partir de 3 ans, on leur apprend à retenir les numéros d’urgence, dès 6 ans, les réflexes à adopter en cas d’hémorragie ou de brûlure. Et à partir de 9/10 ans, ils peuvent s’initier au massage cardiaque ». « Moi je veux apprendre pour sauver des gens ! » s’écrie Adam, 13 ans. Tout au long de l’initiation, il explique à sa sœur Selma, 8 ans, comment faire. « C’est bien qu’ils apprennent ça, sourit leur mère. Si quelqu’un de la famille ou un de leur copain a un problème un jour, ils pourront intervenir ! ». Nilah, 10 ans, a, elle aussi, rejoint le stand avec sa maman Aurélie. « Moi je suis déjà formée et j’avais envie de montrer ça à ma fille. Elle est très empathique et a toujours envie d’aider les autres. » Dix minutes plus tard, Nilah repart souriante. « Je suis fière de moi. Maintenant, si quelqu’un fait un malaise, je pourrai le réanimer ! ». Lou tend un sac aux enfants : « Vous préférez une règle ou un magnet ? Sur les deux, il y a tous les numéros d’urgence ! » Chacun fait son choix. La petite bande s’éloigne en sautillant.
La journée se poursuit et les bénévoles se relaient. C’est au tour de Yoan, 23 ans, de faire l’initiation. Il est actuellement en service civique au pôle formation de la Croix-Rouge française. « Je sors d’un master d’histoire et j’avais envie d’une expérience plus sociale pour me sentir utile. Ma mère est infirmière, j’ai baigné dans le milieu. J’ai choisi la Croix-Rouge parce qu’elle propose des formations de sensibilisation auprès du grand public. C’est la première fois que je suis sur un stand en extérieur. C’est convivial, on croise plein de gens ! ». Daniella et Alexandra, étudiantes de 19 ans, ont pris place sous la tente. « Ça a l’air intéressant. On n’a jamais appris à faire ça ! » Yoan les questionne, leur explique les bons gestes, les initie au massage, puis sort un défibrillateur. « On en trouve dans les pharmacies, les lieux publics, les stations de métro… Vous les reconnaissez à leur pictogramme vert représentant un cœur traversé par un éclair. » Daniella et Alexandra sortent les électrodes, les placent sur les mannequins. « Après avoir branché le connecteur, vous n’avez plus qu’à suivre les instructions… » Quinze minutes plus tard, les jeunes femmes repartent visiblement satisfaites. « Franchement, c’est super de nous enseigner ces gestes simples qui peuvent sauver des vies et qu’on ne nous apprend pas à l’école », témoigne Alexandra. « Ça a l’air simple comme ça sur un mannequin, poursuit Daniella, mais dans la vraie vie je ne suis pas sûre d’oser ! ».
Il est déjà 17 heures. L’heure pour nos équipes de ranger prospectus et mannequins et de replier la tente. Une journée bien remplie, au cours de laquelle plus de quarante personnes sont venues se former aux gestes de premiers secours. Autant de maillons supplémentaires dans la chaîne des secours…