Former dès le plus jeune âge pour mieux protéger demain
Publié le 11 juin 2026
Aujourd’hui, les enjeux de préparation et de prévention n’ont jamais été aussi importants. Baptisée « RED de escuelas resilientes »*, l’initiative conduite par la Croix-Rouge dominicaine permet de rendre les élèves acteurs de leur propre sécurité, en les sensibilisant aux risques de catastrophes.
Daniel Mateo Guzmán, directeur du Département national Jeunesse de la Croix-Rouge dominicaine, nous explique pourquoi il est essentiel de former aujourd’hui pour mieux protéger demain.
Pourquoi est-il essentiel de sensibiliser les enfants aux risques dès le plus jeune âge ?
En République dominicaine, nous sommes régulièrement confrontés à des risques naturels comme les ouragans, les tempêtes, les inondations, les séismes ou encore les sécheresses. Les écoles les plus vulnérables manquent souvent de plans d’urgence et d’infrastructures adaptées, ce qui fragilise toute la communauté face à ce type de catastrophe.
Pour nous, il est essentiel de sensibiliser les enfants afin qu’ils ne soient pas de potentielles victimes passives, mais des acteurs du changement. En apprenant à connaître les risques naturels, ils acquièrent des réflexes de protection, savent comment réagir et peuvent même contribuer à sauver des vies.
Les enfants ont aussi un véritable effet multiplicateur : ils transmettent naturellement ces connaissances à leur famille et à leur entourage. Former les jeunes générations à la prévention, c’est construire une société plus résiliente et mieux préparée pour l’avenir.
Comment cette initiative se déploie-t-elle dans les écoles ?
Ce projet pilote est conçu pour renforcer la prévention dans 20 établissements scolaires prioritaires de la province de San Cristóbal. Il cible environ 300 élèves âgés de 8 à 12 ans. L’objectif est d’agir à plusieurs niveaux : créer des outils éducatifs ludiques, former les enseignants et donner aux élèves les moyens d’agir face aux risques, avec une approche basée sur l’inclusion, le genre et la durabilité.
Le projet a commencé par un diagnostic initial sur les connaissances des risques naturels et des bonnes pratiques dans les établissements scolaires et la mise en place de comités de pilotage et technique avec le ministère de l’Éducation.
Vous avez aussi créé une mascotte pour accompagner cette initiative. Quel est son rôle ?
Cette mascotte, appelée “Tori la tortue”, a été imaginée spécialement pour les enfants. Inspirée de la tortue imbriquée, une espèce emblématique des Caraïbes aujourd’hui menacée d’extinction, elle permet d’aborder les messages de prévention de manière ludique.
Quel rôle jouent les enseignants ?
Les enseignants jouent un rôle fondamental dans la réussite et la pérennité de cette initiative. S’ils ne sont pas formés, les outils pédagogiques risquent de ne pas être utilisés de manière efficace.
La formation leur permet d’acquérir des méthodes concrètes pour intégrer la gestion des risques dans leurs cours quotidiens. Les enseignants sont également les premiers repères des élèves en situation de crise. Leur capacité à rassurer les enfants et réagir rapidement peut faire toute la différence.
Avant cette initiative, comment la question des risques était-elle abordée dans les écoles ?
Elle était souvent abordée de manière ponctuelle et réactive, principalement après une catastrophe ou à travers des exercices annuels de simulation. Même si certains sujets liés aux phénomènes naturels existaient déjà dans les programmes scolaires, il manquait des outils pédagogiques concrets et adaptés pour permettre aux enseignants d’aborder ces thématiques de manière dynamique en classe.
Quels changements espérez-vous apporter à long terme ?
Aujourd’hui, nous voulons inscrire cette culture de prévention dans la durée. À long terme, nous espérons former des générations d’enfants plus responsables, plus autonomes et capables de jouer un rôle actif dans leur communauté. Notre objectif est également que cette méthodologie puisse être reprise plus largement par le ministère de l’Éducation afin d’être déployée à l’échelle nationale.
Comment travaillez-vous avec la PIRAC ?
La Croix-Rouge dominicaine agit comme co-responsable technique et opérationnel, en apportant son ancrage territorial grâce à son réseau de volontaires locaux. Notre collaboration avec la PIRAC est très étroite. Elle nous apporte une expertise technique en prévention des risques dans les écoles, un accompagnement méthodologique ainsi qu’un soutien financier essentiel à la mise en œuvre des activités.
Ce partenariat nous permet également de bénéficier d’expériences et de bonnes pratiques développées dans d’autres contextes régionaux. Au-delà du projet lui-même, l’objectif est donc de permettre à la Croix-Rouge dominicaine de disposer de méthodologies et d’outils qu’elle pourra réutiliser et adapter de manière autonome.
Qu’est-ce qui vous donne le plus d’espoir dans cette initiative ?
C’est très inspirant de voir la théorie se transformer en solidarité et en mobilisation collective. Avec cette initiative, nous ne distribuons pas seulement du matériel dans les écoles : nous semons une véritable culture de résilience qui contribuera à construire un avenir plus sûr pour la République dominicaine.
* Cette initiative est rendue possible grâce au projet 3 Océans financé par AFD - Agence Française de Développement, le projet Ready 360 financé par Interreg Caraïbes. Le projet 3 Océans renforce la résilience des territoires des 3 bassins océaniques face aux catastrophes et aux crises sanitaires, en intégrant les défis du changement climatique et des inégalités de genre à chaque étape/dans toutes ses actions.