“On ne peut pas y échapper” : au Vanuatu, un partenariat universitaire prépare les étudiants à agir pour ne plus subir les risques naturels
Publié le 17 juin 2026
Le pays en première ligne
“Le Vanuatu est l'un des pays les plus exposés aux risques au monde, nous sommes donc particulièrement vulnérables.”, Mattew Kensen, coordinateur de ce nouveau cursus universitaire dédié à la préparation aux crises, plante le décor. Situé dans le Pacifique Sud, à la jonction des plaques tectoniques indo-australienne et pacifique, cet archipel vit en effet au rythme des séismes et des cyclones. En décembre 2024, un tremblement de terre de magnitude 7,3 a encore frappé le pays, faisant 14 morts et plus de 200 blessés. “Nous n’avons pas choisi cette situation, mais nous sommes nés et nous vivons ici. Nous ne pouvons pas y échapper.”
Face à cette réalité, l’Université du Vanuatu a décidé de préparer ses étudiants à agir dès aujourd’hui, en créant un cursus pédagogique inédit dans la région, fruit d’une collaboration entre experts scientifiques et acteurs humanitaires régionaux. “Il y a cinq ans, nous avons décidé de mettre en place un programme pour former les étudiants à la résilience et à l’action humanitaire, afin qu’ils soient préparés en cas de nouvelle catastrophe.” Le parcours débute par des bases solides : anglais, français, méthodes de recherches, analyse de données… des outils essentiels pour ces étudiants tout juste sortis du lycée. Ils plongent ensuite dans le cœur du sujet : sciences du climat, action humanitaire, gestion des situations de crise.
C’est lors d’une rencontre entre leurs représentants que la PIROPS et l’Université du Vanuatu ont noué ce partenariat. Portées par une conviction commune, elles ont souhaité développer des activités de formation pour les étudiants. Un succès : « Nous pouvons solliciter un séminaire, une présentation ou une conférence sur le thème de notre choix, et la PIROPS fournit alors l’expert correspondant. »
Un lien entre la théorie et la pratique
C'est peut-être dans les salles de classe que les fruits de cette coopération sont les plus perceptibles . « Lorsque nous accueillons des intervenants actifs sur le terrain, comme ceux du Mouvement Croix-Rouge, les étudiants font le lien entre la théorie et la pratique », explique Mattew Kensen.
L’atelier de premiers secours psychologiques en est un parfait exemple : “Certains sujets sont parfois considérés comme tabous : on n’en parle pas, on ne les met pas en lumière. Après la session, les étudiants sont venus remercier Noa, formatrice de la PIROPS, car ils ont compris qu’il fallait aborder certains de ces problèmes. » Cette formation les aide à transformer cette peur en quelque chose de positif, elle les rend plus confiants et mieux préparés face aux risques climatiques.
L’ambition du programme dépasse les murs de l’université : “Lorsque les étudiants participent à ces sessions, cela les aide aussi à sensibiliser leurs communautés et leurs familles”, précise le coordinateur du cursus. Et à préparer le futur. D’après Noa Dumond, chargée de préparation et de réponse aux catastrophes à la PIROPS, “comme dans de nombreux pays du Pacifique, la population du Vanuatu est particulièrement jeune. Soutenir cette formation, c'est aussi reconnaître que cette génération portera les réflexions et les décisions liées à la gestion des risques, à l'action humanitaire ou à l'adaptation au changement climatique dans les années à venir.”
“En favorisant les échanges entre étudiants et praticiens locaux et internationaux, nous contribuons à créer des liens et des espaces de dialogue qui, nous l'espérons, continueront à évoluer bien au-delà du projet lui-même.”, conclut Matthew Kensen. Rapprocher le monde académique des réalités opérationnelles, c’est tout l’enjeu de ce programme précurseur qui permet à ces deux mondes d'unir leurs forces et de préparer toujours plus de citoyens aux crises à venir.