Depuis plusieurs années, la Croix-Rouge française et les organisations françaises de solidarité internationale alertent sur une situation qui se dégrade : les besoins humanitaires et de développement augmentent partout dans le monde, tandis que les financements disponibles diminuent.

A la veille de la Conférence National Humanitaire, la trajectoire annoncée de l’aide publique au développement (APD) française dans le projet de loi de finances 2027 marque une nouvelle étape dans cette contraction. Le budget de l’APD, qui s’élevait à 8 milliards d’euros en 2023, ne représenterait plus que 2,5 milliards d’euros en 2027, soit une baisse de près de 69 % en quatre ans. Entre 2026 et 2027, la diminution atteindrait à elle seule 43 %, soit 1,9 milliard d’euros.

Cette baisse ne se résume pas à des chiffres budgétaires : elle signifie concrètement moins de moyens pour répondre aux crises humanitaires, soutenir les populations les plus vulnérables et financer les projets de développement dans les pays qui en ont le plus besoin. Elle concerne aussi bien les financements directs aux organisations de terrain que les contributions françaises aux grands fonds multilatéraux et organismes internationaux qui permettent de coordonner et de financer les réponses aux crises. Dans le domaine humanitaire, les moyens consacrés à l’aide internationale sont particulièrement touchés. Les contributions françaises aux organisations humanitaires des Nations unies diminuent fortement, tandis que les financements permettant aux organisations françaises de solidarité internationale d’intervenir directement auprès des populations sont eux aussi appelés à se réduire. À terme, ce sont des interventions essentielles qui pourraient être reportées, réduites ou abandonnées.

Pour la Croix-Rouge française, le volume d’activité à l’international a déjà baissé de près de 15% entre 2025 et 2026 et pourrait être divisé par deux entre 2026 et 2027. Derrière ces baisses, ce sont des millions de personnes qui risquent de perdre l’accès à une aide essentielle : soins de santé, alimentation, eau, protection, soutien aux populations déplacées ou encore accompagnement après une catastrophe. Ce sont également des équipes et des organisations comme celle de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge présentes au plus près des populations qui voient leur capacité d’action fragilisée.

Cette contraction intervient alors que les crises qu’elles soient climatiques, dues à des pandémies ou des conflits se multiplient et se prolongent, que les besoins humanitaires restent considérables et que plusieurs partenaires internationaux réduisent eux aussi leurs engagements. La diminution simultanée des financements fragilise la capacité collective à répondre aux crises et à agir auprès des populations les plus vulnérables. Au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ces financements permettent de renforcer les capacités des Sociétés nationales, présentes au plus près des communautés avant, pendant et après les crises.

La solidarité internationale n’est pas une dépense comme les autres. Elle permet d’agir avant que les crises ne s’aggravent, de répondre aux urgences et de soutenir durablement les populations qui en ont le plus besoin. Dans un monde marqué par la multiplication des conflits, des catastrophes et des déplacements de populations, maintenir une capacité d’action internationale est un enjeu majeur.

Cette trajectoire interroge la capacité de la France à maintenir son ambition en matière de solidarité internationale

Cette trajectoire s’éloigne fortement de l’ambition affichée par la France dans la loi du 4 août 2021 relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales, qui fixait notamment l’objectif de progresser vers 0,7 % du revenu national brut consacré à l’aide publique au développement. La Croix-Rouge française, aux côtés des acteurs de la solidarité internationale, s’était félicitée de cet objectif.

Partenaire de Coordination SUD, le collectif qui rassemble plus de 200 ONG françaises engagées dans la solidarité internationale, nous partageons leurs inquiétudes. En réduisant aussi fortement les moyens qui lui permettent d’agir, elle prend le risque d’affaiblir durablement les réponses aux crises et d’ouvrir la voie à leur multiplication, avec des conséquences humaines, sociales et géopolitiques qui dépasseront largement les frontières des pays concernés dans les années à venir.

Réduire les capacités de prévention, de préparation et de réponse aujourd’hui, c’est prendre le risque de devoir répondre demain à des crises plus graves, plus longues et plus coûteuses.