Tribune : Docteur Caroline Cross, Présidente de la Croix-Rouge française

Après un été marqué par des catastrophes d’une ampleur exceptionnelle, la Journée nationale de la résilience nous rappelle l’impératif de mieux nous préparer aux défis devant nous. Forte d’une expérience de terrain de plus de 160 ans auprès des populations, la Croix-Rouge française en est convaincue : une société résiliente est une société qui se prépare, s’organise et ne laisse personne seul face aux crises.

Depuis plusieurs années, notre société fait face à des crises de toute nature. Nous l’avons vu avec la pandémie de COVID, le retour de la guerre en Europe ou encore le blackout de 2025 dans la péninsule ibérique. Plus récemment, la succession des vagues de chaleur ainsi que les incendies de l’été 2026, notamment en Gironde et dans les Landes ont conduit à l’évacuation de près de 250 000 personnes. C’est l’une des plus vastes opérations d’évacuation que notre pays a connu en temps de paix. 

La leçon du tournant des années 2020 est claire : tout peut basculer et il faut impérativement tous nous préparer, car les crises concernent tous les territoires et toutes les populations. 

Mardi, 13 octobre, se tient la cinquième édition de la Journée Nationale de la Résilience. Lancée pour faire de la préparation aux crises une norme civique et pour faire émerger une véritable culture du risque, cette journée demeure malheureusement sous-investie. Il est temps de nous en emparer collectivement. 

En effet, la véritable résilience commence à l’échelle citoyenne et nous avons tous un rôle à jouer. Se préparer ne signifie pas vivre dans la crainte ni se substituer aux secours. C’est connaître les alertes et les consignes de sa commune, prévoir ses contacts de confiance, disposer du nécessaire pour les premières heures d’une crise, savoir protéger, alerter et secourir. Environ 40 % de la population déclare avoir été initiée ou formée aux premiers secours ; cela ne garantit pas la maîtrise durable des gestes. Nous devons faire beaucoup mieux.

Cet élan doit s’ancrer dans la proximité et le lien social. C’est à l’échelle locale que cette dynamique peut prendre vie : conseils de quartier et voisinage, moments de sensibilisation et de formation, villages de la préparation citoyenne sur le modèle de celui créé par la Croix-Rouge française, lieux refuges ou exercices de grande ampleur sont autant d’initiatives à développer. Saisissons-nous aussi de cette journée pour repérer les personnes vulnérables, entourer les plus fragiles et tisser des réseaux d’entraide de proximité. En renforçant les liens, nous créons le premier maillon d’une chaîne solide de solidarité face aux crises à venir. Il ne faut laisser personne de côté : personnes âgées, isolées, en situation de handicap, précaires ou dépendantes. 

Cette mobilisation ne pourra pleinement s’accomplir sans une impulsion nationale majeure. Les incendies de l’été 2026 nous l’ont montré, la résilience repose sur une coordination rigoureuse de l’ensemble des acteurs d’un territoire, des services de secours aux collectivités, des associations aux agriculteurs, de la préfecture jusqu’aux citoyens, chacun pouvant apporter ses compétences et ses moyens. 

L’engagement citoyen doit désormais confluer vers les solidarités locales et l’action des pouvoirs publics. Car la résilience ne se décrète pas le jour de la crise; elle se construit en amont, avec la population et jamais sans les plus vulnérables. 

Le 13 octobre nous offre l’opportunité de nous y consacrer.