Visite du pape à Lourdes : un dispositif exceptionnel, entre effervescence et ferveur
Publié le 6 octobre 2026
Dimanche 27 septembre, sur la prairie du sanctuaire de Lourdes, Camille, secouriste venue de Charente-Maritime, cherche ses mots pour qualifier les émotions qui l’ont traversée : « C'est énorme ! On s'est régalés. Cette mission est très particulière, avec un public très différent de celui auquel on est habitués sur les dispositifs prévisionnels de secours. Lourdes, ce sont des pèlerins, des croyants… des moments de recueillement, de prière... ». Directeur territorial de l'urgence et du secourisme à la délégation territoriale des Hautes-Pyrénées, Florian Bonnin sourit : Oui, « Lourdes, c'est un peu un autre pays ! Ce sont des hommes et des femmes venus des quatre coins du monde, des personnes souvent âgées, des gens malades ou en situation de handicap, avec des pathologies parfois lourdes... Un public auquel les volontaires ne sont pas toujours habitués ».
Présents pour porter secours aux près de 200 000 personnes que la venue de Léon XIV avait fait affluer dans la petite cité mariale, tous nos bénévoles le disent : ils ont vécu un moment rare. « Il y avait sur cette intervention une atmosphère singulière, spirituelle en fait, insiste Andréa. On l'a sentie dès le samedi soir, à l'arrivée de Léon XIV sur l'esplanade du sanctuaire. C'était au crépuscule, la basilique illuminée était magnifique… Jusque-là recueillie, la foule s'est embrasée, ovationnant le pape arrivant en papamobile. Pour nous, secouristes, la vigilance s'imposait, mais on ne pouvait qu'être sensibles à cette émotion toute particulière ».
Un dispositif hors normes
Vigilants, nos bénévoles l'étaient à chaque instant. Conscients d'être parties prenantes d'un dispositif de secours et de sauvetage exceptionnel, lié aux exigences de protection d'un homme, tout à la fois chef de l’État du Vatican et guide spirituel pour quelque 1,4 milliard de catholiques... et à la présence d'une foule immense venue l'acclamer et se recueillir avec lui.
Sur le pont nuit et jour, dès le vendredi soir et jusqu'à plus de 3 heures du matin le lundi, près de 200 d'entre eux avaient répondu présents - 25 des Hautes-Pyrénées et 172 venus en renfort de toute la France, et même d'Andorre et de Monaco.
Déployés, avec une cinquantaine de leurs collègues de l'Ordre de Malte, sur 14 postes de secours, ils ont veillé, pansé, soigné, apaisé... équipiers d'une cordée solidaire et inter-associative pilotée au niveau national et préparée des mois à l’avance. Pour compléter ce dispositif, 370 sapeurs-pompiers et 50 professionnels du Samu étaient également mobilisés pour l'occasion.
Fendre la foule recueillie
Avant même que Léon XIV ne pose le pied à Lourdes, tous étaient déjà à pied d'œuvre. Accueillant sous l'auvent de leurs postes de secours leurs premières victimes. Hommes et femmes pris de malaises d'être restés trop longtemps au soleil, soudaines difficultés à respirer, bout'chou de neuf mois souffrant de s'être fait marcher sur le pied, crise de panique d'une jeune femme fragile, à l'approche de l'arrivée du pape en papamobile... Postés samedi sur l'esplanade, Axel et ses équipiers ont apaisé les uns et des autres. Des maux bénins pour l'essentiel. Mais pas question de baisser la garde.
Le dimanche, lors de la messe géante célébrée par Léon XIV sur la prairie du sanctuaire, la tension est encore montée d'un cran. Suivant d'un œil le pape qui, les larmes aux yeux, s’imprégnait de la ferveur ambiante, nos bénévoles étaient dans les starting-blocks, bien conscients que la météo brûlante et les heures d'attente endurées par les pèlerins allaient mettre leur savoir-faire à rude épreuve.
Malaises, déshydratation, coups de chaud, écorchures, mais aussi troubles pulmonaires ou cardiaques… très vite, les postes de secours se sont mués en ruches. La foule, compacte, imposant parfois de maîtriser l’art du zig-zag pour aller porter secours à ceux qui en avaient besoin.
Une "incroyable capacité d'adaptation"
Jusque tard dans l'après-midi, la jeune femme et ses collègues ont secouru, orienté, fait appel aux collègues pompiers ou bénévoles du sanctuaire pour extraire les plus fragiles de la foule… Plus de peur que de mal au final. Mais « on était sur quelque chose de costaud ! D'autant qu'il y avait une demande de discrétion des secouristes, ne serait-ce que pour ne pas perturber les temps forts religieux », commente Marion, chef de poste. « Plus que le nombre d'interventions, c'est leur concentration sur une assez courte période qui m'a marquée. Cette organisation très spécifique, les imprévus qu'on a dû gérer… je n'avais jamais connu ça. Mais on est formés, et soudés. On a su faire face. »
Quelques heures plus tard, après avoir veillé sur la procession aux flambeaux emmenée par Léon XIV, avançant à pied au milieu de dizaines de milliers de pèlerins, nos secouristes ont fait les comptes. Bilan : 475 victimes prises en charge - dont 9 urgences vitales, 371 urgences relatives et 95 personnes impliquées. Florian Bonnin a pu souffler : « sur ce dispositif, on est tous sortis de notre zone de confort, mais les secouristes ont assuré. Ils ont fait preuve d'une incroyable capacité d'adaptation ».
Emergeant de la foule, une femme s’adresse aux secouristes et serre la main d'un de nos équipiers : « Je voulais vous remercier d'être là et de ce que vous faites. Vous êtes des héros. »
Sourire d'Axel : « Ce fut unique ! Il y avait une sérénité que je n'avais jamais rencontrée en intervention. Une ferveur puissante… J'avais pourtant tous mes sens aux aguets ! Mais c'était si intense et riche en émotions, qu'un moment comme ça, c’est sûr, je ne l'oublierai jamais. »
5 932 heures de vigilance sur 4 jours
- 399 volontaires se sont mobilisé
- 5 932 heures effectuées
- 774 personnes ont été prises en charge
- 14 évacuées vers un centre hospitalier
De Paris à Metz en passant par Lourdes
Au Stade de France, où 80 000 jeunes se sont rassemblés, nos volontaires ont, avec l'Ordre de Malte, pris en charge 86 personnes.
A la Concorde, où une messe a fait affluer 600 000 personnes, nos secouristes, avec la Protection Civile et l'Ordre de Malte ont pris en charge 66 personnes.
A Lourdes, où a convergé 200 000 pèlerins, ils ont, avec l'Ordre de Malte, porté secours à 472 personnes.
A Metz, lors de la messe suivie par 12 000 fidèles, 150 interventions de secours ont été réalisées.