C’est dans la nuit du 22 au 23 août dernier que la catastrophe a eu lieu. Un éboulement au sein de la décharge d’ordures de Dar-Es-Salam, en Guinée, causé par un glissement de terrain suite à de fortes pluies. Plusieurs habitations se trouvant au pied de la déchetterie ont été emportées par les montagnes de déchets dans leur chute. Bilan : 36 morts, 35 blessés et plus de 1 500 personnes délogées. La commune de Conakry, aujourd’hui en deuil, tente de s’organiser pour répondre aux besoins.

Ce n’est pas la première fois qu’un éboulement survient au sein de la décharge d’ordures de Dar-Es-Salam puisqu’il y a 9 ans, une catastrophe similaire avait provoqué le décès d’une dizaine de personnes. La gestion des déchets est un défi majeur en Guinée. L’accumulation d’ordures dans certaines zones augmente les risques de catastrophes telles que les inondations et les glissements de terrain et a un impact à la fois sanitaire, environnemental et humain. 

“Aujourd'hui, les petites et moyennes entreprises de collecte d’ordures n’ont plus la capacité de gérer la quantité de déchets à Conakry. Les caniveaux et les rivières sont bouchés par les accumulations d’ordures et, lorsqu’il y a des pluies, les quartiers sont systématiquement inondés”, Mohamed Nasser Keita, chef du département de gestion des risques de catastrophes à la Croix-Rouge guinéenne. 

Répondre aux besoins humanitaires au milieu du chaos

Face à l’ampleur des besoins humanitaires et en raison de l’instabilité du site, la Croix-Rouge guinéenne a immédiatement réagi. “Le chef de quartier a alerté la Croix-Rouge guinéenne et vers 3h du matin les secouristes étaient déjà sur le terrain pour aider les victimes à dégager les ordures. Le lendemain matin, nous avons mis en place un dispositif d’évacuation des victimes directes et de transit des blessés à l'hôpital. Nous avons également mis en place des maisons de convalescence au sein des écoles pour soigner les malades et accompagner les familles émotionnellement affectées par ce drame”, explique Mohamed Nasser Keita. 

Les volontaires guinéens ont reçu le soutien de nombreuses forces sur le terrain, dont la Croix-Rouge française qui a fourni des équipements pour les volontaires en charge des recherches et des produits désinfectants pour les lieux d’accueil des familles délocalisées. Un suivi médical a également été proposé pour répondre aux multiples besoins en santé causés par l’insalubrité du site. Ces opérations ont également permis de retrouver les corps des victimes, offrant aux familles endeuillées l’opportunité de procéder à des inhumations et d’honorer leurs défunts.

Soutenir les populations : au coeur du mandat Croix-Rouge

Au lendemain de la catastrophe, la relocalisation des familles vivant aux alentours de la décharge est devenue une priorité. Des écoles des quartiers voisins se sont ainsi transformées en centre d’accueil, nécessitant un approvisionnement en équipements tels que des matelas, des draps et des couvertures. 

“On a ouvert deux sites de transit afin d’accueillir les familles délogées car la menace d’un nouvel éboulement planait sur le quartier. Il y avait des réticences de la part de familles ayant vécu toute leur vie au sein de ces quartiers. Nous avons donc dû les sensibiliser et nous avons déployé des secouristes ce qui nous a permis de procéder aux relocalisations”, détaille Mohamed Nasser Keita. 

L’approche de la rentrée scolaire a accéléré le processus de relogement. En plus d’une aide financière pour retrouver un logement, des kits scolaires pour les élèves et des kits de dignité pour les femmes ont été distribués. C’est un accompagnement de 12 mois - financier, matériel et en soins - qui est prévu pour ces familles.

Préparer les crises, sauver des vies

Cette catastrophe remet la question de la préparation aux crises au cœur des débats, tout particulièrement en Guinée, régulièrement touchée par des périodes de pluies diluviennes. Aujourd’hui, la décharge de Dar-El-Salam n’existe plus, elle a été relocalisée à Koya, à 50 km de Conakry. Cependant, le risque de crises futures persiste et appelle les populations à réagir. 

“Nous avons des équipes d'alerte et de première urgence formées, équipées et mobilisables dans tous les comités locaux et les préfectures à l’approche des périodes de grandes pluies. Cette préparation nous a permis de réduire l’impact des inondations qui ont eu lieu cette année. Nous avons donc besoin de poursuivre notre mobilisation dans tous les comités et les préfectures où il y a des inondations  récurrentes”, précise le Chef du département de gestion des risques de catastrophes à la Croix-Rouge guinéenne.   

En parallèle des actions portées par la Croix-Rouge guinéenne, c'est un changement plus profond qui est nécessaire. Le 16 septembre dernier a ainsi été adoptée la nouvelle politique nationale d’assainissement couvrant la période 2026-2040 en Guinée. Celle-ci vise à améliorer durablement la gestion des déchets solides et liquides et à renforcer la protection du cadre de vie des populations.

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