Sans cette distribution, je ne mangerais pas à ma faim.

Sans cette distribution, je ne mangerais pas à ma faim.
Publié le 01/12/2022

Deux fois par mois, une équipe de bénévoles se rend sur différents campus de Tours (Indre-et-Loire) pour distribuer de la nourriture et des produits d’hygiène à des étudiants. Un dispositif mis en place au début du confinement, dont le nombre de bénéficiaires ne fait qu’augmenter.

Harmony fait la queue devant le camion, comme une trentaine d’autres étudiants. Son sac de courses en main, elle le remplit selon ses goûts et les arrivages du jour. « Pâtes, riz ou semoule ? », interroge Catherine Michaud, l’une des bénévoles de la Croix-Rouge locale. Harmony fait son choix puis passe aux rayons suivants, au nombre de quatre : outre les produits secs et ceux ayant trait à l’hygiène, il y a le frais (des yaourts, des compotes, des sandwichs...), le frigo (où sont entreposés les plats cuisinés, le fromage, la viande)... et les fruits et légumes du jour (tomates cerise, champignons, potimarrons et clémentines). La jeune femme de 22 ans finit son tour, paye 4 euros son panier et s’arrête pour raconter son histoire. En L3 de psychologie aux Tanneurs – l’un des sites de l’université de Tours et l’un des quatre lieux de distribution –, elle se rend au camion à chacun de ses passages, deux fois par mois. Et ça fait un an que ça dure.
 

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« C’est incroyable que l’on puisse bénéficier d’une telle aide !”

« Avant, c’était un plus. Mais aujourd’hui, mes parents ne pouvant plus m’aider, c’est devenu une nécessité. Sans cette distribution, je ne mangerais pas à ma faim. J’arrive à tenir une semaine avec ce que je prends ici, je suis donc obligée de faire des petites courses à côté », confie-t-elle. Son amie, Marie, qui suit le même cursus qu’elle, l’accompagne depuis un mois. C’est Harmony qui lui a donné le tuyau. La jeune femme reprend : « C’est incroyable que l’on puisse bénéficier d’une telle aide ! On en parle très librement entre étudiants. Il n’y a pas de honte à venir ici ».

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De fait, le bouche à oreille fonctionne à merveille. Sur tous les sites où le camion s’arrête, la fréquentation ne cesse de croître pour atteindre aujourd’hui 250 étudiants par semaine. « Au début, on était à peine une dizaine aux Tanneurs. J’ai fait partie des toutes premières et je viens à chaque distribution, relate Savannah, 20 ans. Pour moi, c’est un plus ; ça me permet de ne pas avoir à faire trop de courses par ailleurs. Et aussi, je peux diversifier mon alimentation en prenant des fruits et des légumes, par exemple ». Au moment de payer, Savannah échange quelques mots avec Olivier Thillaye, l’un des bénévoles. « L’équipe est trop chouette. Et Olivier, je le connais depuis le début : il est là à chaque distribution, mais la dernière fois je ne l’ai pas vu. J’étais inquiète ».
Olivier Thillaye est en effet un des piliers des P’tit Kdi, un nom inventé par Claude Laurendeau, un bénévole décédé l’an passé. Ensemble, ils ont monté cette opération au début du confinement. Olivier raconte : « Nous sommes bien placés pour connaître le territoire et les besoins de la population. La précarité étudiante, dans une ville qui en compte 30 000, c’est un problème latent. La pandémie a servi de déclic pour mettre en place un dispositif dédié ».

Différentes sources d’approvisionnement

Tout a commencé avec l’achat d’un camion, financé par la Banque alimentaire. Puis, en lien avec l’université de la ville et le Crous, les sites de distribution ont été sélectionnés et les jours de passage établis : le lundi à l’IUT de Tours, le mardi aux Tanneurs (Arts, Sciences humaines, lettres et langues), le mercredi à François Rabelais (droit, économie...) et le vendredi à Grandmont (sciences et technologies). « Nous sommes sur place de 15h30 à 18h30. On est entre trois et cinq à assurer la distribution. C’est un programme que nous tenons deux fois par mois (avec un turn over des bénévoles), en alternance avec le P’tit Panier, un dispositif itinérant pour familles précaires adressées par une assistante sociale, et qui sillonne les zones rurales du nord de Tours », explique Olivier.

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Au P’tit Kdi, la carte d’étudiant suffit pour ouvrir le droit à bénéficier de la distribution alimentaire... et payer un prix défiant tout concurrence : les produits sont vendus 10 % de leur valeur réelle. Le panier moyen évalué à 40 euros revient donc à 4 euros. Des tarifs rendus possibles grâce à plusieurs sources d’approvisionnement : la banque alimentaire, des collectes dans des supermarchés, des dons de l’Europe, de particuliers mais aussi d’entreprises (comme la SNCF), des repas non servis à l’hôpital de Tours... Le tout peut être complété par des achats réalisés par la Croix-Rouge quand certains produits manquent. En ce moment, par exemple, il y a peu d’huile, l’inflation ayant un impact direct sur les dons. Les bénévoles qui commencent leur tournée à la banque alimentaire ne savent donc jamais à l’avance ce qu’ils auront à proposer aux étudiants. Étape suivante: le lieu de distribution. L’ambiance y est décontractée et la plupart des visages souriants. « Les étudiants nous aident à décharger. Ils sont vraiment sympas. Ils restent souvent discuter avec nous. On échange des recettes, par exemple, ils aiment bien faire la cuisine », raconte Catherine, dont la bonne humeur est communicative. « On essaye d’être léger », ajoute-t-elle. Olivier abonde : « On fait le maximum pour accueillir les étudiants de façon chaleureuse ; il ne faut pas qu’ils hésitent à venir nous voir. J'essaie de retenir les prénoms de chacun. Cela permet d’enclencher une conversation plus facilement avec eux, c’est le moyen de détecter des problématiques (santé, isolement, conflits familiaux, dépression...), d’orienter vers des services ad hoc, de donner des contacts, etc. ».

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En ce mardi pluvieux de début novembre, ces sujets-là ne sont pas abordés. À quelques exceptions près, la plupart des étudiants témoignent sans aucune gêne de leur présence. Enguerrand, par exemple, confie dans un sourire que cette distribution a de multiples avantages : « Je suis moins préoccupé par mon budget alimentation, je peux alléger mes heures dans mon job étudiant afin de suivre correctement mes études et garder de l’argent pour d’autres choses”.


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Anne Dhoquois