Espace bébé-parents : “Je vois des mamans repartir les épaules redressées, le regard plus sûr”

Espace bébé-parents : “Je vois des mamans repartir les épaules redressées, le regard plus sûr”
Publié le 19/12/2022

Christine Piloquet est responsable de l’Espace bébé-parents d’Angers depuis juillet 2022. En quelques mois, elle a repris la structure à bras le corps avec son équipe pour en faire un lieu de réconfort et de soutien pour tous ceux qui viennent là. Des papas et des mamans en grande difficulté, parfois perdus dans leur rôle de parents. L’ancienne infirmière puéricultrice met tout son cœur et toute son énergie dans cette mission, pour essayer de redonner du sens à leur vie. Elle nous livre ici le témoignage de son quotidien.

Qu’est-ce qui vous a poussée à prendre la direction de l’Espace bébé-parents (EBP) ?

L’heure de ma retraite a sonné en pleine crise Covid, fin 2020. Je me suis alors engagée comme bénévole à la Croix-Rouge durant deux ans, jusqu’à ce qu’on me propose le poste de référente de l’EBP. J’ai accepté parce que ça faisait sens avec ma carrière d’infirmière puéricultrice. Je me suis dit que je pouvais aider, mettre mes compétences au service de ces familles. On est face à des personnes en très grande difficulté, parfois à l’hôtel, parfois à la rue avec des tout-petits. Les accueillir, les écouter, leur accorder du temps, c’est très important pour moi, et c’est le rôle de l’EBP : être à l’écoute d’abord. Toute l’équipe, à savoir 14 bénévoles actuellement, est là pour les soutenir, chacun avec son expérience propre.

Comment fonctionne l’EBP et à qui est-il destiné ?

Les EBP sont des lieux d’accueil pour des familles avec des enfants en bas-âge, jusqu’à trois ans maximum. Ici, à Angers, nous recevons les bébés de la naissance à deux ans. Nous assurons trois permanences par semaine, bientôt quatre, j’espère. Les familles sont orientées par le biais des assistantes sociales, des centres communaux d’action sociale, des services départementaux et de diverses associations, comme Solidarité femmes, qui s’occupe des femmes victimes de violences. Les personnes sont inscrites pour six mois d’abord et jusqu’à un an et demi maximum mais c’est rare. On leur fournit une aide matérielle indispensable car la plupart ont des revenus ou un reste à vivre dérisoires. Une contribution financière leur est demandée pour avoir accès à des couches, du lait, des biberons et des produits d’hygiène à des prix très bas. Toutes ces fournitures sont issues de dons et de partenariats sans lesquels nous ne pourrions pas pourvoir à leurs besoins. Et puis, le plus important, c’est d’accompagner ces personnes pour les aider à rebondir.

Comment les accompagnez-vous ?

Tout d’abord, nous organisons un entretien avec chaque nouvel arrivant pour bien comprendre sa situation. Des échanges confidentiels ont lieu ensuite deux fois par mois, afin de suivre l’évolution des personnes et coller à leurs besoins. On les écoute, on les oriente et on cherche ensemble des solutions. Libérer la parole permet d’avancer. Il faut poser des mots sur leurs difficultés, sur leur vie de parents, sur leur lien avec le bébé, parfois distendu ou perdu, du fait de leurs problèmes quotidiens. A nous de repérer les signes de mal-être chez le parent ou l’enfant, des gestes inappropriés dans la prise en charge du bébé ou encore des problèmes d’hygiène. A nous aussi de les valoriser car souvent les personnes doutent d’elles-mêmes. Nous essayons de leur montrer combien elles avancent, sans s’en rendre toujours compte.

L’accompagnement se fait aussi entre pairs, à travers des moments de convivialité, autour d’un café ou d’un thé, par exemple. Pendant que les enfants jouent, les mamans et papas discutent entre eux. Il y a beaucoup d’entraide. Et puis nous organisons des ateliers de temps en temps, en fonction des dons que nous recevons. Des ateliers cuisine axés sur les repas des petits en particulier. Les femmes cuisinent entre elles, s’échangent des recettes, et la parole se libère, l’air de rien. Nous faisons également de la prévention à travers des ateliers dédiés à l’hygiène pour apprendre les bons gestes, tant pour les enfants que pour les mamans. L’une de nos bénévoles, étudiante en médecine, envisage de monter un atelier sur la contraception et les cycles menstruels. Tous ces sujets, parfois tabous, ont toute leur place ici. Ces animations participent à une démarche de prévention et en même temps, nous observons et ciblons plus précisément les besoins des personnes. Nous souhaiterions pouvoir développer d’autres moments de convivialité pour faciliter les liens et rompre l’isolement social dans lequel se trouvent beaucoup de familles accueillies à l’EBP.

Ressentez-vous l’impact de l’inflation et de la crise économique actuelle ?

Je ne suis pas là depuis assez longtemps mais je sais que le nombre d’inscrits a augmenté de 10 % en 2022 par rapport à l’année dernière et de façon encore plus notable depuis septembre dernier. C’est assurément la conséquence de la crise économique que nous traversons. Nous accueillons entre 45 et 60 familles par semaine, soit 285 personnes environ sur l’année. Nous accompagnons également plusieurs familles ukrainiennes depuis plusieurs mois, en raison des événements dans leur pays.

Avez-vous le sentiment d’être un tremplin pour toutes ces personnes ?

Oui, j’en ai conscience. Vous savez, derrière le paquet de couches que l’on distribue, il y a beaucoup plus ! Je crois que l’essentiel se trouve dans la relation humaine que nous entretenons. Je vois des mamans repartir les épaules redressées, le regard plus sûr, le sourire au coin de la bouche. Apporter cette petite étincelle de bonheur, c’est ça qui compte. Nous leur montrons qu’on ne les laisse pas tomber, qu’on les écoute, qu’on les considère. Le fait de pouvoir se poser un peu, se sentir en confiance et en sécurité participe à cette reconstruction. C’est reprendre courage et espoir. C’est retrouver sa dignité.