La téléréadaptation : un nouveau champ d’expérimentation

La téléréadaptation : un nouveau champ d’expérimentation
Publié le 06/10/2021

Tirer parti d’une crise pour évoluer ? C’est la posture adoptée par le centre de soins de suite et de réadaptation Marguerite Boucicaut  dans le 711 . En pleine crise du Covid-19, il lance un programme de téléréadaptation pour les patients suivis en pneumologie. Une innovation qui lui a valu un trophée de la part de la Fondation du domicile2, le 28 septembre dernier.

« L’idée de ce projet est née au moment du premier confinement, quand nous avons été contraints de fermer notre hôpital de jour. Nous avions des prises en charge en cours, alors comment soigner les patients coincés chez eux, et nous ici ? », se souvient Fabrice De Sainte Marie, directeur adjoint du centre de soins de suite et de réadaptation (SSR) Marguerite Boucicaut.

Dans l’urgence, l’équipe met sur pied un programme de téléréadaptation en cardiologie et se lance dans la réflexion d’une formule pour la pneumologie. « Du pneumologue au rééducateur, tous les professionnels de la prise en charge des patients de ce service ont été associés à l’élaboration de ce programme inédit, officiellement mis en place depuis février dernier ».

Un programme sur mesure

Proposé notamment aux patients souffrant d’une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), ce programme se déroule sur sept semaines. La première se déroule au centre de SSR, en hôpital de jour, afin que l’équipe puisse faire les bilans (tests d’effort, examens divers, analyse des besoins, etc.) et former les patients à l’usage du logiciel spécialement dédié.

A partir de là, ils repartent chez eux avec un kit complet : tablette, montre et tapis connectés, vélo d’appartement, ceinture élastique, haltères… « Grâce aux objets connectés, ils peuvent transmettre leurs données au quotidien et bénéficier d’un suivi sur-mesure », ajoute le directeur adjoint.

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Concrètement, trois types d’activités sont proposés : les activités individuelles synchrones, quand le patient est en direct en visioconférence avec le soignant ; les activités asynchrones, quand le patient effectue ses exercices, puis complète la grille d’évaluation dans le logiciel ; les activités collectives, quand les quatre patients se connectent en même temps pour suivre une session proposée par le coach, l’infirmière ou la diététicienne. « Ces moments sont importants car on est content de retrouver les autres personnes du programme, raconte Michel, un patient. C’est encourageant de voir que l’on n’est pas seul et motivant de se voir progresser au fil des semaines. »

A chacun son planning

Président d’une association, aimant s’occuper de ses petits-enfants, Michel le dit sans détour : « cette formule est idéale : je ne me serais pas lancé dans cette prise en charge si cela nécessitait de se rendre au centre de SSR tous les jours ».

Avec ce programme, le patient sait qu’il voit son référent tous les matins, avant d’effectuer les activités et exercices qui lui sont demandés. Pour cela, il peut s’organiser comme il le souhaite : une adaptabilité plébiscitée par les patients comme par l’équipe, enthousiaste quand il s’agit de faire évoluer l’offre de soins.

Cadre de l’hôpital de jour, professeur en activité physique adaptée (APA), kinésithérapeute, médecin pneumologue, informaticien, psychologue, ergothérapeute, diététicienne, psychologue… : le programme associe plusieurs professionnels en fonction de leur spécialité. « Les professeurs en APA ont été d’une grande aide pour mon assiduité, souligne Michel. D’ailleurs, quand le programme se termine, ce serait bien de repartir avec quelques vidéos des séances avec eux, pour continuer à se motiver une fois seul chez soi ! »

Le futur de la rééducation ?

Si ce dispositif a été remarqué par la Fondation du domicile, il ne bénéficie pas encore de financements plus larges. Cela dit, pour l’équipe du centre de SSR Marguerite Boucicaut, il était temps de se lancer : « contraintes sanitaires, manque d’espace, augmentation des maladies chroniques… Il était impératif de commencer à réfléchir au futur de la rééducation, ajoute Fabrice De Sainte Marie.

Ce programme est innovant car il permet de développer une nouvelle activité sans casser les murs, il utilise les technologies nouvelles (tablette, objets connectés) et il parle aux générations actuelles. C’est un programme d’avenir qui mérite que l’on s’y consacre dès maintenant. »

A terme, cette formule permettra aussi de réduire les coûts de prise en charge, tout en répondant toujours mieux aux besoins des patients. La téléréadaptation en pneumologie s’inscrit d’ailleurs dans une réflexion plus large de l’établissement sur les trois grands modes de prises en charge : hospitalisation complète, hospitalisation de jour et activités hors-les-murs (téléréadaptation et équipes mobiles). « Avec ces options, complémentaires, notre objectif est d’individualiser les prises en charge et de fluidifier les parcours de soin » conclut le directeur-adjoint. Des travaux sont d’ailleurs d’ores déjà en cours pour dupliquer, consolider, élargir et pérenniser le programme de téléréadaptation en pneumologie.


1 Situé à Chalon-sur-Saône (71), le centre de soins de suite et de réadaptation (SSR) Marguerite Boucicaut rassemble quatre spécialités : affections de l’appareil locomoteur ; affections du système nerveux ; affections respiratoires et affections cardio-vasculaires. En proposant une prise en charge globale et adaptée à chaque patient, les équipes du SSR ont pour priorité de restaurer l’autonomie de la personne, favoriser le retour ou le maintien à domicile, prévenir la rechute.

² www.fondationdomicile.fr

Anne-Lucie Acar